Figurante, Dominique Pascaud

Ed. De La Martinière, août 2015, 144 pages, 14.9 euros.

Bouleversement.


Louise y a cru lorsque, le réalisateur en repérages, lui a proposé le premier rôle de son film. Il a suffi d'un échange de regards au petit déjeuner du modeste hôtel de Province où elle travaille en tant que serveuse, pour que ses perspectives d'avenir se trouvent chamboulées. Lui, vieux baroudeur du septième art voit en elle "une lumière vive et brillante, une braise sur laquelle il suffit de souffler un peu." Elle, devenir actrice, c'est pouvoir enfin sortir de sa routine, gagner de l'argent et enfin racheter le manoir des Mimosas pour en faire une table d'hôtes.

Sauf que le conte de fées est de courte durée. Il a beau être le réalisateur, ce n'est pas lui qui décide à partir du moment où ce n'est pas lui qui finance. La mort dans l'âme, il se voit contraint de renoncer à faire de Louise sa prochaine égérie. La jeune fille n'avait rien demandé, mais à cause de lui, elle a osé rêvé à une autre vie, à autre chose que ce qu'elle a toujours connu depuis qu'elle a des souvenirs:
"Entre son père et elle, ça a toujours coincé. Elle aurait parfois voulu que leurs discussions s'accordent en un bruit de fond, mais cela ne fonctionne pas. Une étape a été omise, une brèche s'est fourrée entre elle et lui."

Car Louise est figurante de sa vie. Elle n'est qu'une silhouette de peu d'importance pour les autres, que ce soit son père à la tristesse inconsolable depuis que son épouse est morte en couches, ou son petit ami Marc, qui se sent soulagé de ne pas voir sa compagne devenir actrice.
Justement, la proposition du vieux réalisateur lui a valu une soudaine prise de conscience personnelle de la brutalité du monde qui l'entoure, de la perte et de l'absence de ceux qu'on aurait voulu connaître et aimé. En brisant son rêve unique, le vieil homme l'a aidé à s'émanciper, à sortir de ce carcan de serveuse, coincée entre un père mutique et un amoureux immature.
Alors Louise a besoin de souffler, de changer de vie, même temporairement, pour ne pas avoir de regrets. Oui, elle sera encore figurante, mais plus de sa propre vie:
"On est tous des silhouettes (...) des silhouettes dans le lointain, un peu floues et perdues, comme des dessins pas finis, ou mal effacés, qui hésitent entre l'oubli et la présence."

A Paris, "elle a le sentiment de vivre dans un livre d'images sur lequel on pose un regard sans lire les mots qui les accompagnent." Elle ressent sa vie comme une exhibition, et l'écho faible de ses souvenirs la hante. Alors, ne vaut-il mieux pas être une simple figurante plutôt qu'une étrangère aux yeux des autres?

Dans ce premier roman, Dominique Pascaud raconte une jeune femme en quête d'attention et de douceur. Il suffit qu'un inconnu lui en accorde - un peu- pour qu'elle décide de prendre en main sa vie.
Figurante se concentre sur un seul personnage, Louise, faisant des personnages secondaires des silhouettes non pas complètement désincarnées, mais assez effacées pour ne pas empêcher l'héroïne de prendre son envol. Elle ne veut plus être une présence, mais désire désormais jouer un rôle réel.

Figurante est un roman agréable et bien mené. C'est le bouleversement d'une vie mis en mots.

A découvrir.