Un hippocampe dans mon coeur, Ryeo-Ryeong Kim

Ed. Flammarion jeunesse, mai 20111, traduit du coréen par Yeong-Lee Him et Françoise Nagel, 134 pages, 11 euros.

Qui suis-je?


Haneul a été adoptée tout bébé par un couple de médecins. Depuis, sa maman est devenue une célébrité dans les médias, modèle télévisuel de la mère accomplie et de la doctoresse gérant une association autour de l'adoption.
En apparence donc, ce trio semble incarner la famille idéale. En plus, depuis quelques temps, la grand-mère paternelle est venue les rejoindre suite à quelques problèmes de santé. La venue de la vieille dame est une bouffée d'oxygène pour Haneul, car même si grand-mère ne mâche pas ses mots, et montre maladroitement ses sentiments pour la gamine, au moins elle la considère comme une personne à part entière et lui fait naturellement confiance. Et puis, avec l'aïeule, Haneul peut parler librement:
"Quand je suis seule avec elle, j'arrive à exprimer ce que j'ai sur le cœur. Si quelque chose ne me plaît pas, je lui dis franchement. Je me sens plus à l'aise avec grand-mère qui ne prend jamais de gants qu'avec maman, qui  me parle toujours gentiment. Ma mère ne me lâche jamais, grand-mère, elle, me rassure."

Depuis quelques temps, Haneul se pose beaucoup de question sur son adoption et sa place au sein de sa famille adoptive. Elle ne sait plus très bien où elle en est.Là encore, sa grand-mère lui prodigue un bon conseil:
"Il faut savoir prendre de la distance pour mieux apprécier les choses. C'est pareil dans la vie. Parfois, il peut arriver qu'on se mette en colère ou qu'on se dispute avec quelqu'un, mais plus tard, on se rend compte que ce moment était précieux. C'est ça quand on grandit."

Le dialogue entre mère et fille devient impossible; Haneul se révolte, en a assez d'être considérée comme une petite fille, et sa maman ne lui fait pas assez confiance, trop préoccupée par son image médiatique. Pourtant, la narratrice n'est ni un coucou, ni un hippocampe. Elle ne vole ni le foyer d'un autre enfant, et son père ne peut pas se substituer au manque maternel!
Même si, réellement, Haneul porte une cicatrice en forme d'hippocampe au niveau de son cœur, trace indélébile d'une opération pour guérir d'une cardiopathie congénitale, La petite fille ne veut pas avoir le cœur ravagé.
Alors, elle décide de prendre les choses en main afin que les règles de la maisonnée changent au moins un peu...

Ce petit roman asiatique aborde des thèmes très contemporains: l'adoption, la place de l'enfant dans le foyer, le mal-être, la difficulté à dialoguer avec l'adulte. C'est le personnage de la grand-mère qui permet au récit d'avancer. Figure de vieille femme au caractère fort qui ne mâche jamais ses mots au point parfois de heurter son entourage sans le vouloir vraiment, c'est elle qui se rend compte que tout ne tourne pas tellement rond dans cette petite famille. Ainsi, elle va épauler sa petite-fille afin que cette dernière acquiert d'avantage d'assurance et retrouve une sérénité d'esprit.

Filant la métaphore de l'hippocampe qui, en Asie, a plusieurs sens, le lecteur suit Haneul pas à pas dans sa quête d'appartenance. Mini roman initiatique, on sort assez bluffé par le contenu.

A découvrir!

A partir de 10 ans.