Accéder au contenu principal

Trois fois dès l'aube, Alessandro Baricco

Ed. Gallimard, collection Du Monde Entier, février 2015, traduit de l'italien par Lise Caillat, 128 pages, 13.5 euros.

A l'heure où blanchit la campagne...


Homère l'appelait l'aurore aux doigts de rose, ce moment suspendu où la lumière paraît, unique, vierge d'une nouvelle journée qui s'annonce, promesse d'un renouveau.
Justement, c'est ce qui lie ces trois paires de personnages, le désir d'un recommencement. Après avoir grandis et vécus dans la pénombre causée par les tragédies de la vie, ils rêvent d'autre chose, d'autres cieux, d'autres gens à rencontrer.
"Changer de cartes est impossible, on ne peut changer que de table de jeu."
Rayer notre passé est en effet impossible. On vit avec, il est ancré en nous, et même les plus puissants psychotropes ne pourraient les effacer. Un deuil, un enfant non désiré, un amour malheureux sont autant de parcours chaotiques, antithèses d'une promesse de vie sereine.
"Elle dit que presque personne en réalité, ne recommence vraiment à zéro, mais qu'on n'a pas idée du temps que les gens consacrent à ce fantasme, souvent alors même qu'ils sont noyés dans leurs problèmes, et dans la vie qu'ils voudraient laisser tomber."

La nuit est propice aux questionnement douloureux, aux remises en question. La conscience bourdonne, se révolte, dit "Stop" ou "Il est temps". Les personnages de ce recueil ont décidé de faire de la nuit un compagnon de route. Malcom attend au bar d'un hôtel une hypothétique rencontre, un concierge ancien taulard conseille une jeune fille dominée par un petit ami violent, une inspectrice de police emmène Malcom enfant vers une nouvelle vie...
A chaque fois, l'aube apparaît, et avec elle un destin qui s'affiche:
"Et en effet à l'horizon était apparue une lumière cristalline qui rallumait les choses et relançait la course du temps."
Cette lumière unique met du baume au cœur à celle ou celui qui la contemple. On ne peut qu'être confiant devant un tel spectacle de la nature!

Trois fois dès l'aube souligne cette possibilité de changer les règles du jeu de la vie. A chaque fois, un homme et une femme se rencontrent et discutent. Ils se posent et font le point. Puis se quittent.
Autant de destinées qui se prennent en charge et goûtent à la joie sans cesse renouvelée de vivre les instants qui leurs sont offerts.

Posts les plus consultés de ce blog

Birthday Girl, Haruki Murakami

La nouvelle, parue une première fois en 2008 dans le recueil Saules aveugles, femme endormie (Belfond, traduction Hélène Morita) raconte l'étrange anniversaire de la narratrice, le jour de ses vingt ans.

Vingt ans, c'est un cap, c'est le basculement vers l'âge adulte, la fin de l'adolescence. La narratrice l'a bien compris, et pour éviter de trop penser, elle a décidé de faire de son jour d'anniversaire un jour comme les autres. Au lieu de prendre une journée de congé, elle préfère effectuer son travail de serveuse, comme les autres jours de l'année.
Dans le restaurant italien où elle travaille, elle fait maintenant partie des murs, et elle sait comment faire pour ne pas attirer les foudres de son patron. L'ambiance n'est pas des plus géniales, mais au moins on la laisse tranquille ; n'empêche il y flotte comme une atmosphère empreinte d'étrangeté, symbolisée par celle qui trône à la caisse :
"On murmurait qu'elle siégeait là san…

L'Eté de Katya, Trevanian

Récit d'un amour malheureux durant le dernier été avant la Grande Guerre, L'été de Katya est aussi un thriller psychologique qui amène inexorablement le lecteur vers un épilogue dramatique. Jean-Marc Montjean est revenu sur Salies, petit village du Pays Basque d'où il est originaire, après avoir fait ses armes à Paris en tant que médecin. Il assiste le docteur Gros, figure locale et coureur patenté. A Salies tout le monde se connaît, et les rumeurs vont toujours bon train. Depuis quelques temps, la famille Treville est venue emménager à Etcheverria, une propriété quasiment à l'abandon. On sait peu de choses d'eux sinon qu'ils sont très discrets.
"Ce premier coup d’œil, par-dessous mon canotier, fut distrait et rapide, et je replongeai dans mes pensées. Sauf que, presque immédiatement, mon regard fut de nouveau attiré."
Lors d'un après midi à révasser, Jean-Marc croise une ravissante jeune fille qui lui demande de l'aide : son frère est tombé en…

Heather, par dessus-tout, Matthew Weiner

Ed. Gallimard, novembre 2017, collection Du Monde Entier,  traduit de l'anglais (USA) par Céline Leroy, 144 pages, 14.50 €
Titre original : Heather, the totality


Le créateur de la série culte Mad Men raconte dans ce premier roman toute la difficulté de la parentalité masculine dans une Amérique où les rapports de classes se creusent inexorablement.

Depuis la naissance de leur fille Heather, la vie de Mark est un long combat silencieux pour préserver sa place au sein de la famille qu'il a fondée avec Karen. Pour cette dernière, Heather est devenue le centre de tout, au point de mettre de côté sa vie d'épouse.
"En fait, à la seconde où sa fille était née, Karen avait su qu'elle lui consacrerait tout son temps et toute son attention, et ce aussi longtemps qu'elle le pourrait". Elle veut être une mère parfaite, et à défaut d'avoir des amies, veut que les autres femmes à la sortie de l'école la ressentent comme telle. Chacun de leur côté, leur existence …