Le blues du troglodyte, Kenneth Cook

Ed. Autrement, mars 2015, traduit de le l'anglais (Australie) par Mireille Vignol, 294 pages, 19 euros.

Monologue d'un looser.


Auteur devenu culte en Australie à l'âge de 32 ans avec son romans Cinq matins de trop, Le blues du troglodyte est le dixième roman de Kenneth Cook qui est édité chez Autrement, et le premier que je lis.

Construit en forme de monologue intérieur, le récit raconte les déboires de Simon Crown, animateur radio, alcoolique invétéré qui se promet chaque jour de ne pas boire, chaste par la force des choses depuis son divorce, mais dont surtout la devise est:
"La vie n'est qu'une série d'accidents, les cartes de chance et de malchance sont distribuées au hasard par une main qui n'obéit à aucune forme logique."
En tout cas, à force de mauvais placements et de malchances ses dettes sont en train de creuser sa tombe. même son copain banquier, partenaire de bar, ne peut plus rien pour lui. De toute façon, les perspectives sont étroites quand on habite à Ginger Whisker, bourgade de cinq mille âmes, perdue sur la route d'Adélaïde, et où les seuls lieux de fraîcheur sont les habitations troglodytes et les bars de l'avenue principale. Même le tourisme y est de troisième zone, et les mines d'opale environnantes ne sont pas à la hauteur des espoirs de leurs propriétaires.
"A cette heure du jour, les cinq mille habitants de Ginger Whisker - hommes, femmes, et enfants - sont probablement dans un des quatre pubs de la ville. La seule excuse de Dieu qui a crée ce pays est d'avoir donné aux hommes l'ingéniosité de bâtir des pubs pour s'en protéger. J'imagine que c'est Dieu qui a créé ce pays. Il n'a pas pu se former par hasard. Un pays aussi résolument insupportable fait forcément partie d'un grand dessein."

Au même moment qu'il apprend le meurtre d'un grec dans une chambre d'hôtel de la ville, Ron Dalton, un gars véreux, lui propose de racheter sa station de radio et sa mine en plus de lui fournir un salaire confortable. Bien conscient qu'il ne devrait pas, mais pris à la gorge, Simon accepte. Seulement, comme ses bonnes résolutions d'abstinence, sa volonté de faire un choix moral définitif devient un mirage dans le désert australien. De plus, il ne peut pas compter sur son ami prêtre Tony, alcoolique notoire, davantage tracassé par la libido qu'il aura une fois qu'il sera défroqué, que par les états d'âme de son ami.

En postface, Mireille Vignol explique qu'on retrouve dans ce roman toute la verve de l'auteur ainsi que déjà relatés dans certaines de ses nouvelles. Ce qui est frappant chez Kenneth Cook, c'est cet art d' autodérision permanente,  forme aussi de défense naturelle d'un homme qui se déprécie continuellement. Les dialogues, nombreux, transcendent l'humour et la lucidité des personnages qui se perdent dans la chaleur et l'ennui du lieu. Ainsi, le crime pourtant sordide, - un homme tué avec un tournevis-, n'arrive même pas à devenir une affaire criminelle.
Simon Crown patauge dans ses choix plus ou moins lucides, ses amitiés plus ou moins fluctuantes. Il est conscient de son manque de caractère, mais à ce stade, c'est sa conscience rendue nébuleuse par l'alcool ingurgitée à longueur de journées qui dicte ses faits et gestes.

Le blues du troglodyte est un roman drôle, incisif, qui permet de découvrir ou redécouvrir un écrivain à la plume acérée qui fait de l'absurde une source de réjouissances pour son lecteur.

A découvrir.

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