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Billet d'humeur (10) Le blues de la lectrice-blogueuse

Agécanonix par Uderzo


"Rien ne sert de courir, il faut partir à point" si on en  croit La Fontaine dans Le lièvre et la Tortue. Alors, j'ai pris mon temps, la quarantaine aidant, de peser le pour et le contre, à savoir si oui ou non j'ouvrais un blog littéraire. Depuis, dix-huit mois ont passé et je ne regrette rien. Je prends toujours autant de plaisir à écrire mes articles le week end quand la maisonnée dort encore. Écrire mes compte-rendus de lecture, c'est aussi jouer avec les mots, s'exercer à un style bien à soi, tenter d'aller au plus près de son ressenti et le partager.
Avec le temps, je me suis efforcée de rester fidèle à mes goûts littéraires, à ne lire que ce qui me plaît et non pas ce qu'on me demande de lire, histoire de faire de la pub. Parfois, c'est vrai, je me suis laissée prendre au jeu des réseaux sociaux, mais en épargnant mon blog, car lui, je ne le veux que personnel, intime et littéraire.

Pourtant, le blues de la lectrice-blogueuse m'envahit. Mais c'est quoi ce truc? Un nouveau symptôme sociétal? Non, non, juste l'angoisse incertaine mais tenace de passer à côté de l'essentiel, de ne partager que "l'écume de l'édition" comme le dit si bien une de mes amies.
A chaque fois, je me dis "ah oui, il faudrait que je relise ce roman", ou "tiens, je ne connais pas cet auteur", ou encore "il faudrait que je garde une place pour les classiques." Faute de temps, je reporte le projet à plus tard. Dès lors, je deviens la reine de la procrastination "à l'insu de mon plein gré"! Heureusement  je ne suis soumise à aucune pression de la part des maisons d'édition ou encore des services de presse! Heureusement  je ne me considère pas comme une lectrice professionnelle (un non sens à mon avis)! Ce qui me manque cruellement c'est finalement la possibilité d'organiser mes lectures. Je m'y refuse sauf pour le rendez-vous Regards Croisés avec Christine Bini, car nous sommes deux à lire le même roman et nous nous mettons d'accord pour la date de mise en ligne.

Lire est pour moi un besoin certes, mais surtout reste un plaisir essentiel, donc rien ni personne à priori pour guider mes choix et mes lectures du moment. Ne serais-je pas devenue une victime de mon blog, accro à quelque chose d'illusoire et de virtuel, soucieuse de partager ce qui est récent et non pas ce qui compte? Horreur, malheur, non je ne veux pas devenir ainsi!
Comment combattre ce blues? En replongeant dans ses classiques pardi! En donnant la priorité à cette pile de plus en plus instable de romans déjà lus, non lus, ou oubliés (oupss) qui m'attend dans ma bibliothèque et qui est tellement importante à mes yeux.

Vais-je m'y tenir? A suivre...

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