FRAGMENT DE BD (9) Elle s'appelait Tomoji, Jirô Taniguchi

Ed Rue de Sèvres (L' École des Loisirs), traduit du japonais par Corinne Quentin, janvier 2015, 120 pages, 17 euros.

La force faite femme.


Ouvrir un manga de Taniguchi, c'est ouvrir une parenthèse enchantée dans laquelle la douceur prédomine malgré les vicissitudes de la vie.
L'auteur n'est pas à son premier coup d'essai quant à mettre une femme comme personnage central de son récit. Déjà, avec Les années douces (adaptation en manga du très beau roman de Hiromi Kawakami), le lecteur découvrait cette façon toute personnelle, avec une réelle économie de moyens, de décrire le sentiment amoureux.
Cette fois-ci, il réitère avec Tomoji, jeune femme au nom masculin. De sa naissance au début du siècle dans un Japon rural, au sein d'une famille de commerçants courageux, jusqu'à son mariage avec Fumiaki, un petit cousin, Tomoji va connaître toutes les émotions humaines: l'abandon, la perte, l'espoir, la ténacité, mais surtout, l'éveil à l'amour.
Parce que son père est mort trop tôt et sa mère l'a abandonnée, elle se retrouve finalement à ne pas vivre pleinement son enfance. En filigrane, Taniguchi décrit un Japon pauvre du début du vingtième siècle, très rural, où les habitants faisaient de la frugalité un art de vivre. Quelques très belles pages sont consacrées au terrible séisme de Tokyo en 1923, et démontrent à quel point la population nippone ne se laisse jamais abattre, et croit malgré tout en l'avenir. C'est justement cette certitude en une vie meilleure une fois adulte qui fait avancer Tomoji. Même si son mariage s'avère arrangé (comme c'était la tradition), Fumiaki n'est pas un inconnu pour elle, croisé il y a longtemps au retour de l'école. Ces deux êtres sont complémentaires, et leur amour se révèle d'emblée extrêmement fort et sincère.

Taniguchi prend le temps. Il déroule les vingt premières années de vie d'un personnage simple et attachant, en veillant à scander les étapes charnières par des repères de dates propres au calendrier japonais. Les coups du sort sont nombreux, douloureux, mais son héroïne ne baisse jamais les bras, et laisse, jusqu'à l'épilogue, une aura de sérénité et de sagesse.

Tomoji est une bulle de plaisir à la découverte d'un Japon rural méconnu par nous, occidentaux, à la portée des amateurs de mangas calmes et non violents.

A découvrir sans tarder.

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