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Satan était un ange, Karine Giebel

Ed. Fleuve, novembre 2014, 336 pages, 18.9 euros

Ou comment je suis passée à côté...


De temps en temps, la lecture d'un roman vous pousse à vous interroger sur vos objectifs en tant que lecteur. Quelles sont les ficelles narratives qui vous permettent de vivre un bon moment de lecture? Qu'est-ce pour vous une lecture plaisir? Et enfin, le plus important, quels sont vos critère d'exigence ?

Satan était un ange est arrivé par hasard dans mes romans à lire de décembre. Dès les première lignes, s'est imposée à moi une véritable réflexion sur ce que je recherchais vraiment dans une lecture. On le sait intrinsèquement, me direz-vous, mais il est bon parfois d'y réfléchir à nouveau. Pourtant, ce n'est pas l'intrigue de ce polar qui m'a heurtée. Deux hommes que tout oppose se retrouvent à vivre ensemble une aventure noire très noire, poursuivis par des tueurs à gages prêts à tout pour récupérer le bien que l'un des deux héros possède.
Karine Giebel frappe fort. Les chapitres sont courts, intenses, rapides comme la fuite en avant des protagonistes. Chaque partie est ponctuée d'un extrait des Fleurs du Mal de Baudelaire ou de Spleen, en rapport (de près ou de loin) avec l'intrigue, histoire de donner un peu d'épaisseur à ce qui se joue entre les lignes. Les personnages sont taillés au scalpel, manichéens à souhait.
D'un côté les gentils, François Davin, avocat ayant appris qu'il est atteint d'une tumeur inopérable au cerveau, prend en auto-stop Paul, gamin de vingt ans à la tête d'ange, mais qui, au fil des pages, va révéler un côté obscur et un passé lourd. De l'autre, une famille de mafieux prêts à tout, aux physiques patibulaires, ayant retiré définitivement les mots compassion et empathie de leur vocabulaire. François, atteint d'une tumeur au cerneau inopérable,fuit sa vie, son quotidien, sa femme. Paul, fuit ses anciens patrons et désire rejoindre un ami qui peut l'aider. Alors, ces deux-là, au fil des kilomètres, vont apprendre à se connaître, vont se soutenir, vont surtout accepter les silences de chacun, ponctués par les migraines foudroyantes de l'avocat, et surtout vont tenter d'échapper à leurs poursuivants.

Sauf que je n'ai pas réussi à rentrer dans le récit: les répétitions sont nombreuses, dont celles du mot mort, qui transpirent à chaque page comme pour rappeler un éventuel lecteur neurasthénique l'issue de ce roman, et rajouter un peu de suspens. Ensuite, on trouve quelques réflexions fourre tout telle:
 "En définitive, ce n'est pas la mort qui enchaîne, c'est la vie.
Avec toutes ces contraintes absurdes, ces choses que l'on s'impose à soi-même; ces barrière que l'on érige patiemment autour de soi. Par obligation, par peur, bêtise ou convenance. Par habitude ou par pudeur.
On participe à construire sa prison, dorée ou pas, barreau après barreau. Et même si on dispose de clefs, rester à l'intérieur pour y périr lentement...
François est en train de scier les barreaux, de briser les murs. Dommage que ce soit si tard.
Trop tard.
Il semblerait que l'approche de la mort rende lucide."

ou encore celle-ci, histoire de justifier le titre:

 "Tu sais, Paul, Satan était un ange. Le premier des anges, même! Et le plus beau aussi... Comme tous les anges il avait une mission à remplir sur Terre... Dieu l'aurait envoyer parmi les hommes pour leur insuffler les énergies négatives. La haine, la jalousie, la colère, la violence, l'avarice... Pour tenter les hommes et leur apprendre justement à résister à toutes ces tentations néfastes. Pour forger leur libre arbitre. Mais Lucifer, à force d'inspirer cela aux hommes, aurait fini par pêcher... Alors, Dieu l'aurait précipité aux Enfers... Mais Il lui a déjà pardonné."

Les dialogues sont nombreux et font avancer l'intrigue. Et même si bon nombre d'entre eux sont des échanges entre Paul et François, l'auteur se sent obligé de préciser, toutes les deux répliques, qui a pris la parole, avec: "dit François", "ajoute François" Interroge François"...
De plus, quelques métaphores, comparaisons ou rapprochements entre deux images, histoire de pimenter l'intrigue, ou situer un état émotionnel, laisseront le lecteur attentif assez perplexe:
"Cette mort que François porte sur ses épaules douloureuses. Ça tourne en boucle dans son crâne; images effroyables au milieu d'un silence inhumain."

ou

"François ne répond pas, absorbé par la route longiligne, obscure.
A bout de nerfs.
Avalant des kilomètres comme des couleuvres."

ou

"La gare était bondée.
Flux et reflux des voyageurs pressés qui rentrent chez eux ou entament un long voyage.
Marée inhumaine et bruyante."

ou encore


"Il reste pétrifié un instant avant de s'évaporer à la vitesse de la lumière."

 Enfin, comment expliquer la confession du jeune Paul auprès d'un François lucide, posé, attentif, alors que ce dernier souffrait le martyre les dix pages précédentes!

Satan était un ange est un roman qui plait et qui figure en tête des ventes de romans policiers. Karine Giebel a trouvé la formule magique pour écrire des polars efficaces, et tire très bien les cordons du genre pour satisfaire le lecteur. Simplement, lorsqu'on y regarde de plus près, l'ensemble peut laisser un constat doux-amer, une impression d'inachevée.
De mon côté, ce livre m'a permis de recentrer mes attentes ainsi que mes priorités littéraires. Finalement, je n'ai pas perdu mon temps!

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