Qui a tué Paolino Molero, Mario Vargas Llosa

 Ed. Folio Gallimard, mars 1989, 192 pages, 6.8 euros

 Tout est delusion*


Palomino Monero est retrouvé mort, dans un triste état. Deux gendarmes truculents,Lituma et le lieutenant Silva, enquêtent. Ils se heurtent aux codes de l'armée à savoir silence et solidarité, et tentent tant bien que mal de comprendre ce qui a bien pu produire tant de violence sur un homme réputé doux et musicien à ses heures perdues.
Au delà de cette intrigue somme toute classique, l'auteur joue avec les registres de langues. Ainsi, Silva est d'une grossièreté sans borne, amateur de "chair fraîche" surtout celle de la restauratrice, alors que le simple gendarme Lituma se révèle plus calme, plus réfléchi. Le personnage d'Alicia Mindreau, point central de l'énigme, est un petit bijou de névrose, antithèse de son père, colonel de profession, rigide et froid.
Cette valse de personnages aussi différents des uns des autres et pourtant amenés à se rencontrer et à collaborer pour connaître la vérité, nous vaut des dialogues hauts en couleurs et efficaces .

Plus sérieusement, ce roman sert de prétexte à une critique plus profonde de la société péruvienne, et notamment celle de son armée qui entretient les préjugés en tous genres:
"l'amour avait brisé les préjugés sociaux et raciaux, l'abîme économique". 

Dès lors si un amour entre deux êtres que tout oppose peut porter préjudice à une institution, le meurtre devient, aux yeux de l'armée, un moyen légal de rétablir les règles et éviter la honte. Bref, un bon roman policier (qui en fait n'en est pas un), facile à lire et agréable.

*  "delusion": illusion, fantaisie, leurre, fraude, hallucination.