Pour seul cortège, Laurent Gaudé

Ed. Actes Sud Babel, août 2014, 192 pages, 7 euros.

Alexandre n'est plus...


"Le chariot d'Alexandre roule lentement mais il est fort, porté par des centaines de voix qui le clament, le chantent et gémissent. Le monde entier les regarde passer en pensant qu'en ces heures où les empires vacillent, il est une chose qui reste solide, aussi solide que la puissance des montagnes, c'est le chant des femmes endeuillées."
Ce roman est rempli de fulgurance littéraires au point que le style qui, d'habitude, est au service du contenu, s'inverse.
Des confins de l'Asie, de Babylone jusqu'au Delta du Nil, Laurent Gaudé écrit les funérailles d'Alexandre dans un souffle violent et brûlant. Le lecteur se laisse emporter par cette force épique, polyphonique, où même les défunts réapparaissent au devant de la scène.
Ericléops, Dryptéis, Tarkilias accompagnent l'âme d'Alexandre vers sa dernière demeure et lui permettent d'accomplir ce qu'autrefois sa propre armée lui avait refusé. Par ce biais, l'auteur propose sa vision toute personnelle du mythe...

"A qui appartiens-tu Alexandre?" lui demandais sa mère. Le conquérant appartient aux terres inconnues qui n'attendent qu'à être foulées, aux peuples barbares qui combattront avant de se soumettre, à ses généraux qui, année après année ont fait preuve d'une indéfectible loyauté.
Alexandre est mort et l'Empire vacille. Ses généraux ont perdu le pivot et sombrent dans le chaos. Pendant ce temps, l'âme de leur chef, entendue par Dryptéis essaye de lui obéir jusqu'au bout, en permettant à l'homme qui ne peut pas mourir, la possibilité de mettre un terme à son existence ici-bas.