Les oliviers du Négus, Laurent Gaudé

Ed. Actes Sud Babel, février 2013, 160 pages, 7 euros

La punition du monde est pour bientôt...


J'ai retrouvé dans l'écriture de ces quatre nouvelles l'intonation de Cris du même auteur. Ces récits ont en commun la finitude, la certitude que la fin est pour bientôt, et pourtant, jusqu'au bout ils s'accrochent à leur vie et accomplissent ce qui leur semble juste.
Qu'ils s'appellent Zio Négus, qu'ils soient "le bâtard de l'Aventin" ,un juge antimafia en Sicile, un simple soldat porteur d'une mauvaise nouvelle, tous portent en eux cette certitude que leur fin est proche, et emporteront avec eux un épisode l'Histoire.

J'ai beaucoup aimé "le Bâtard du bout du monde"; le narrateur, né de rien devient le messager de la future agonie de Rome qui "terrorisait les mondes inassouvis et rassurait ses enfants". Ce soldat hors pair, loyal jusqu'au bout à son empereur, sent arriver sa mort et aussi l'odeur de l'apocalypse. Avec son décès, c'est plus largement "l'éclipse du monde" qui s'annonce.

Le juge anti mafieux symbolise à lui seul tout le courage de ses hommes qui partent vers leur fin: "Nous n'avons pas peur de la mort car nous sommes déjà morts. Notre mépris pour la mort, c'est notre courage."
Ces "hommes d'honneur" sont mis en avant par une écriture délicate où chaque mot bien pesé touche le lecteur au plus profond de lui. Ainsi, nous accompagnons ces gens d'exception vers peut être un monde meilleur et plus beau, et nous devenons les garants de leurs actions et de leur mémoire.  Laurent Gaudé prévient: "le monde bruit et frémit", la Terre que nous foulons et maltraitons commence à nous haïr: "le monde va plonger dans la tourmente car la terre nous vomit. Nous l'avons offensée et son fils de glaise court dans les champs, le pas lourd, impatient de nous tuer".
Le Golem des collines d'Artois n'est peut-être qu'un avant goût de notre punition prochaine...

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