Le Roi en jaune, Robert W.Chambers

Ed. Le Livre de poche, traduit de l'anglais (USA) par Christophe Thill,  octobre 2014, 408 pages, 8.9 euros

Recueil de dix nouvelles écrit en 1895, tenant à la fois du fantastique, du policier et de la romance, seuls les quatre premiers récits font directement référence à une pièce de théâtre inconnue en deux actes intitulée le Roi en jaune.

 

Couverture cartonnée, bandeau alléchant, quatrième de couverture explicite n'hésitant pas à user du terme chef d’œuvre, bref tous les ingrédients sont réunis pour enfin, par la lecture de ce recueil, mettre du sens aux passages obscurs de la série True Detective imaginée par Nic Pizzolatto, et semble-t-il  directement inspirée de la thématique développée dans cet ouvrage.
En fait, seules les quatre premières nouvelles parlent directement du Roi en jaune, pièce de théâtre maudite dont la lecture semble très dangereuse pour la santé mentale de son lecteur, car sous des aspects innocents, ses mots distillent un poison du plus mauvais effet. Ainsi, tous les personnages semblent la connaître, mais beaucoup, par crainte, en évitent la lecture. Dans le Restaurateur de réputations, on peut lire:
"- C'est un livre plein de vérités.
  - Oui, répondit-il, "des vérités" qui font perdre la raison aux hommes et brisent leur vie. Peu m'importe que ce livre soit, comme on l'a dit, l'essence suprême de l'art."
De cette pièce en deux actes, on ne sait rien, sauf quelques extraits en épigraphe de chacune des nouvelles.
Certes, on ne peut que constater que la lecture du Roi en jaune ne laisse pas indifférent. Ses lecteurs se reconnaissent par le signe jaune. Signe à la fois d'appartenance ou d'allégeance? L'explication reste ambigüe, toutefois, les membres de cette "dynastie Impériale d'Amérique" se sentent investis d'une mission de serviteur pour un Roi symbole de folie et de mort:
"C'est une couronne faite pour un roi parmi les rois, un empereur parmi les empereurs. Le Roi en jaune peut la dédaigner, mais elle sera portée par son royal serviteur."
Mais, pourquoi le jaune, et non pas le bleu, le rose ou le vert? Il semble qu'au 19ème siècle, cette couleur était décadente et soulignait "toute la volonté et le pouvoir de [me] nuire" (La cour du dragon)

Faire le rapprochement avec True Detective s'avère être un tour de force, si bien que le traducteur propose, en postface, une étude assez intéressante sur la symbolique de la série et les parallèles qu'on peut y faire avec le texte, notamment la thématique du masque blême, ce fameux masque qui sous couvert de l'apparence cache en fait de terribles fêlures.
Ce que l'éditeur s'abstient de souligner, et qui pourtant, a son importance, c'est que nous sommes dans la pure tradition littéraire de l'époque et son approche du genre fantastique. Ainsi, quelques récits n'ont rien à envier aux nouvelles fantastiques de Maupassant ou Edgar Allan Poe.
Et si on ose même aller plus loin, on pourrait suggérer que le Roi en jaune, par son masque, est à l'origine du mythe urbain du clown, si présent Outre Manche, comme en fait référence La chambre verte:
"Le Clown tourna vers le miroir son visage poudré:
"Si être pâle c'est être beau, dit-il, qui peut se comparer à moi, avec mon masque blanc?
- Qui peut se comparer à lui, avec son masque blanc? Demandai-je à laMort assise près de moi.
- Qui peut se comparer à moi? Répondit la Mort, car je suis plus pâle encore.
- Tu es très belle", soupira le Clown en détournant du miroir son visage poudré."

Finalement, il faut lire Le Roi en jaune, non pas comme un ouvrage informatif sur une série à succès, mais bel et bien comme un recueil de nouvelles fantastiques  méconnues.

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