Le parapluie rouge, Anna de Sandre

Ed. Les Ateliers In8, collection Alter & Ego, avril 2014, 112 pages, 12 euros.

"Jouer à saute-mouton"...


Dans ce recueil de cinq nouvelles, Anna de Sandre met la solitude au cœur de ses récits. Qu'elle soit voulue, contrainte, assumée ou non, ses personnages la porte en eux telle une marque indélébile, un tatouage, une scarification parfois, "bercement violent pour apaiser ses douleurs".
Souvent, la famille est source de conflit ou de peine. Perte d'un être aimé, désir d'oublier un père trop présent, volonté de suivre un chemin différent de la sœur,  chacun justifie une raison intime et douloureuse pour fuir ces sentiers trop balisés. Alors, la marginalité devient une porte de sortie, ou encore l'instabilité:
"Ne pas crever était son seul appétit, survivre une élaboration épuisante et constante de recettes successives, se réveiller en vie, sans maladie ni blessures, le soulagement que remplaçait le plaisir d'un estomac noué."
La vie est faite de concessions qu'il faut savoir supporter pour accepter de vivre. "Heureusement que tout finit par me lasser et que mon instabilité me tiendra toujours lieu de boussole" se dit une cartomancienne réfugiée dans un café pour se protéger de la pluie.

Et pourtant, il ne faut pas renoncer à ses rêves, ni à la possibilité d'un avenir plus radieux. De l'ingénieur qui change de bureau pour se retrouver au sous-sol sans fenêtre, de la veuve qui rencontre une drôle de personne dans l'ascenseur de son immeuble, tous ont encore le réflexe, soit de lever la tête vers le ciel azuré, soit de regarder par la fenêtre pour dessiner leurs rêves:
" Avec le temps, les rêves sont emportés dans le bruit des feuilles mortes sur la route d'une mauvaise pente."

Dans l'univers de cet auteur, "le bruit [est] une plainte". Tout se fait à l'écart de la foule, du bruit, des autres. Le bonheur tranquille n'est accessible que par cette voie. Mieux vaut tendre vers une vie où prime le non-événement que pour une existence tumultueuse et imprévisible:
"Un besoin de faire l'éloge du non-événement, de la non-rencontre. De mettre un pied devant l'autre sur le linéaire, le pendulaire, l'aller-retour, sans transformation, le "partir-revenir" sans risque, le "dedans-dehors" sans aléas."

Anna de Sandre dit avoir une prédilection pour l'art du bref. Le parapluie rouge en est la preuve. Cinq récits brefs, cinq tranches de vie dans lesquelles le lecteur puisera des pistes de réflexion, de la poésie, des moments de douleurs et de grâce.

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