La belle amour humaine, Lyonel Trouillot

 Ed. Actes Sud, collection Babel, août 2013, 176 pages, 6.7 euros

 Leçon de vie


La littérature haïtienne a ceci de particulier qu'elle est humble, honnête, et franchement positive, alors que tout est réuni sur "l'île maudite" pour que ses écrivains distillent une écriture vengeresse, pleine de hargne et de douleur. Eh bien non, car le fait de ne rien posséder sauf une richesse familiale et de cœur, permet de se recentrer sur les choses essentielles de la vie.
La vie est justement au cœur du problème des habitants du petit bourg de Anse-à-Foleur. Comment la passer la plus agréablement possible sans faire préjudice à son prochain? Leur seul problème est "la maladie de la mer" qui emmène tous les matins les hommes à la pêche. Le second problème, pendant longtemps, fut les maisons jumelles et leurs occupants: un colonel et un homme d'affaires, aussi antithétiques que semblables qui ne daignèrent jamais se mélanger aux autres, et cultivaient un dédain certain.
Une nuit, sans témoin, ils furent victimes d'un incendie, laissant derrière eux le secret de leur amitié et de leur attitude. Vingt ans plus tard, la petite fille de l'un d'eux tente de comprendre...

Composé en trois parties, ce roman écrit tel un monologue, raconte sur fond d'un crime non élucidé, le fossé qui sépare les villageois des habitants des grandes villes.
"Il y a des villes qui aboient et d'autres qui chuchotent"; Port au Prince trépigne d'impatience, ressemble au chaos tant le bruit y est omniprésent, rien à voir avec les petits villages côtiers que l'on rejoint grâce à des chemins de terre!

La belle amour humaine est un roman philosophique sur la valeur de la vie, la nécessité de s"ouvrir aux autres, et l'inutilité de la vengeance. Il ne sert à rien de remuer les douleurs du passé."
"Le pays des hyperboles" comme certains touristes occidentaux se plaisent à l'appeler est aussi le pays du sens de la mesure et de "la belle amour humaine."