J'ai tué Phil Shapiro, Ethan Coen

Ed. de L'Olivier, novembre 2014, traduit de l'anglais (USA) par Jean-Pierre Carasso et Jacqueline Huet, 336 pages, 13.9 euros

Honneur aux perdants!


Comment passer de la pellicule à l'écrit? Ethan Coen a trouvé la solution en écrivant un recueil de quatorze nouvelles dans lequel on retrouve les profils des personnages qui hantent sa filmographie. Justement, l'influence cinématographique n'est jamais bien loin. Parfois écrits comme un scénario (Strictement entre nous/Accès réservé aux membres) ou un dialogue théâtral, les récits sont un véritable laboratoire de situations rocambolesques, drôles, et incisives qui pourraient être adaptés à l'écran.
Chez Ethan Coen, les protagonistes ne sont pas des héros et en ont souvent conscience. Souvent, ils s'embarquent dans des monologues compliqués qui les laissent à la fin pantois et ridicules devant leur auditoire (La quarantaine). Lorsqu'ils veulent s'élever de la fange, ils n'utilisent pas les bons moyens, si bien qu'ils se retrouvent embarqués dans des situations où le ridicule flirte avec l'empathie. L'humour n'est jamais bien loin, et le lecteur se surprend à ricaner devant un bon jeu de mots ou une scène décrite.
La quatrième de couverture parle de "perdants magnifiques", jolie expression qui désignent bien les personnages qui hantent ces nouvelles. Boxeur, détective privé, mafieux, pilier de bar, cocu malheureux, nous sommes dans un monde d'hommes qui recherchent une place au soleil, et se retrouvent au centres de situations qui, sans le ton léger avec lequel elles sont racontées, seraient sordides.
J'ai tué Phil Shapiro (titre éponyme de la première nouvelle) est un exercice de style qui tente d'adapter par écrit le langage quotidien ou celui de la rue. Certes, nous sommes loin des dialogues de Hubert Selby Jr, mais l'esprit y ressemble parfois furieusement.

Alors, est-il vraiment utile d'écrire des histoires dans la même veine que celles racontées dans les films qu'on réalise? La question est lancée! En tout cas, ce recueil ravira les inconditionnels de l'auteur-réalisateur, et attisera la curiosité des autres, tant la société décrite y est haute en couleurs et source d'inspiration inépuisable.