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Billet d'humeur (6) Halte aux réflexions fourre tout!

Agécanonix par Uderzo

  1. "Lecteur professionnel".

    Qu'est-ce qu'un lecteur professionnel? Un lecteur qui lit à haute voix dans la rue,  ou au sein d'une assemblée, des pages de romans ou essais? Ou une personne payée  pour lire des manuscrits reçus par les maisons d'éditions? Dans tous les cas, l'expression est floue, un peu fourre-tout, si bien que, les réseaux sociaux aidant, beaucoup de lecteurs se déclarent lecteur professionnel car ils reçoivent de temps à autre un livre en service presse.
    Pourtant, il ne faut pas se méprendre. Ce n'est pas le nombre de livres lus à l'année, ou le nombre de livres envoyés par les maisons d'éditions qui font d'un lecteur compulsif un lecteur professionnel. Et puis, si on y réfléchit bien l'expression ne veut rien dire. Depuis quand peut-on prétendre être professionnel parce qu'on lit? La personne salariée par une maison d'édition pour lire et/ou corriger des manuscrits est payée pour cela, c'est une profession.
    Alors, être blogueur littéraire (et je vais en décevoir certains), ce n'est pas être un lecteur professionnel. Être rédacteur ce n'est pas non plus être un lecteur professionnel. C'est être simplement un lecteur avec une sensibilité propre, capable de coucher par écrit ses impressions de lecture, c'est tout.
    Et si  vous faites l'amalgame entre lecteur professionnel et rédacteur littéraire (salarié), alors là...
  2. "Grande littérature."

    Il arrive parfois, au détour d'une conversation, d'entendre cette expression, à croire qu'il existe une littérature à part qui mérite d'être classée au Panthéon des livres! Mais s'il existe une grande littérature, il doit forcément y avoir une littérature dite petite. Oui, mais laquelle? Quels livres y mettre pour l'incarner, la représenter? Enfin, qui serait désigné pour faire le tri au nom de tous?
    Beaucoup de question en suspens pour un phénomène qui reste, malgré tout, très personnel. Chaque lecteur possède sa bibliothèque idéale qui incarne pour lui ce qu'il entend par "grande littérature."
  3. "Palmarès littéraire".

    Les réseaux sociaux, les magazines littéraires, les blogueurs ont développé la mode dudit palmarès littéraire. Souvent, en fin d'année, nous avons le légendaire mais ô combien barbant "top 10 des livres de 2014 à ne pas manquer", ou "top 10 des livres qu'il faut à tout prix lire". Et là, c'est souvent le drame car vous vous sentez à côté de la plaque en parcourant le palmarès...
    Alors, au lieu d'avoir la sensation soudaine d'être un idiot parce que vous n'avez pas lu les romans dont tout le monde parle, faites confiance à votre instinct livresque et privilégiez la lecture plaisir. Lire reste un acte personnel et intime.
  4. "Attention chef d’œuvre!"

    A force d'employer le terme chef d’œuvre à tout bout de champ, l'expression est quelque peu galvaudée, et le lecteur devient méfiant dès qu'il l'aperçoit sur un bandeau ou en quatrième de couverture.
    Pour rappel à ceux qui ont tendance à l'utiliser excessivement, le mot chef d’œuvre désigne un type d'ouvrage qui a été réalisé avec un tel degré de perfection qu'elle a atteint des sommets de son genre qui provoquent l'admiration de tous. Ce qui veut dire que, avant d'employer cette vérité toute faite, il convient de lire tous les ouvrages du même genre, les comparer, les étudier, pour enfin élire celui qui incarne la perfection... Hum, hum, au fait, paraît-il que la perfection n'est pas de ce monde!
    Alors, pitié, chef d’œuvre est un mot à utiliser avec parcimonie, en étant bien sûr de son coup.
  5. "Un prix littéraire est gage de qualité."

    Euh, pas sûre, mais cela n'engage que moi. J'ai plein d'exemples en tête  (mais qui restent personnels) de livres primés  qui contredisent ma conception d'un roman de qualité. N'oublions pas que les prix littéraires sont décernés par un jury, et que ce dernier n'est pas forcément représentatif de l'ensemble des lecteurs.

    Comme je l'ai dit plus haut, lire est un acte personnel, intime, et pour certains, viscéral. Dès lors, on peut se poser la question: qu'est-ce qu'un bon lecteur? Le débat est lancé depuis longtemps, et il est sans fin.

    En tout cas, il faut désacraliser la chose, et en cela Les dix droits du lecteur de Daniel Pennac (Comme un roman, 1992) fait référence:

1 - Le droit de ne pas lire

2 - Le droit de sauter des pages

3 - Le droit de ne pas finir un livre

4 - Le droit de relire

5 - Le droit de lire n'importe quoi

6 - Le droit au bovarysme

7 - Le droit de lire n'importe où

8 - Le droit de grappiller

9 - Le droit de lire à haute voix

10 - Le droit de se taire 

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