Syngue Sabour, Atiq Rahimi

Ed. Folio Gallimard, 137 pages, 6.2 euros

Prix Goncourt 2008

 

Quand la femme afghane rompt le silence... 

 

Jusque là soumise et taiseuse, l'épouse afghane, au chevet de son mari mourant et comateux, devient femme et crache tout haut sur sa condition, sa vie, et l'attitude hautaine de son mari, soldat d'Allah.

Son beau père lui avait raconté qu'il existe une pierre de patience dont le rôle est de recueillir les secrets des gens. Et lorsque cette pierre explose, gorgée de ces secrets, le pénitent est lavé de ses pêchés. L'épouse se rappelle de cette histoire, et isolée dans une maison ouverte aux quatre vents, dans un village soumis aux talibans, elle décide de faire du corps inerte mais en vie de son époux sa pierre de patience : "oui, toi, tu es ma Syngué Sabour"...

Son monologue rempli de confessions enfle, ponctué par le goutte à goutte qui maintient son époux en vie. La respiration régulière et profonde du mourant égrène le temps du récit. L'épouse parle pour ne pas devenir folle dans ce monde de fous, mais aussi dans l'espoir que son mari se réveille transformé tel qu'elle l'a toujours désiré et non plus comme le monstre qu'elle a jadis connu.
Parler la réconforte et l'apaise : "là, je me suis aperçue qu'en effet depuis que tu étais malade, depuis que je te parlais, que je m'énervais contre toi, que je t'insultais, que je te disais tout ce que j'avais gardé sur le cœur, et que toi tu ne pouvais rien me répondre, que tu pouvais rien faire contre moi...tout ça me réconfortait, m'apaisait".

 L'époux immobile sur son lit de mort devient le défouloir de toute la rancœur et des non-dits d'une vie. Ce livre est d'autant plus réussi qu'il est écrit avec une économie de mots faite de phrases simples et de rares adjectifs. L'auteur s'est mis à la place d'une femme pour dénoncer la folie intégriste et les dégâts qu'elle engendre. Le récit de l'épouse afghane se lit d'une traite tant son récit interpelle le lecteur occidental que nous sommes, et nous conduit vers une fin à la fois originale et hautement symbolique.
Un prix Goncourt sans concession.

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