Pour vous, Dominique Mainard

Ed. Folio Gallimard, avril 2010, 320 pages, 6.8 euros

La vie par procuration


Depuis l'âge de quinze ans, Delphine vit de petits boulots pour éloigner "les jours de colère et de faim". Au fil de ses rencontres, elle développe l'idée d'une agence venant en aide aux gens. Ainsi, Pour Vous naît et propose une "liste de services interminable et d'une variété infinie" parce que, selon Delphine, son métier est de "rendre les gens heureux".

Pour Vous est "un vaste sac où l'on trouve de tout, une boîte de Pandore, selon les termes d'un client, et il n'est rien en effet dont [elle ne fait pas] commerce, la vie, l'amour, la mort." Mais au fil des années, Delphine, femme professionnelle à toute épreuve dont les sentiments sont si bien enfouis que certains se demandent si elle n'est pas de pierre, repoussent les limites.
Femme vénale prête à tout pour de l'argent, ou altruiste pour l'amour de son prochain? Toujours est-il que le lecteur, au fil du roman, n'arrive pas à cerner cette étrange narratrice. Obligée de retranscrire les cahiers intimes d'un client disparu, Delphine, peu à peu, va se remettre en question et va s'ouvrir à l'autre. Or, cette absence de sentiment qui est "l'âme et la colonne vertébrale" de son entreprise, se fissure pour laisser place à une femme qui veut vivre et aimer.

L'idée de départ est intéressante: une narratrice peu gâtée et peu aimée fait de l'aide son fond de commerce. Cependant, au milieu du roman, le récit piétine: Delphine accorde trop d'importance au manuscrit d'Adorno, et se prend d'une passion exagérée pour l'ex-amant de celui-ci, au point que cette situation devient vite invraisemblable aux yeux du lecteur.
Dominique Mainard a voulu expliquer que la rédemption pouvait venir des personnes que l'on rencontre. Le postulat tient la route, mais le personnage de Jones me paraît trop superficiel pour incarner "le messie". Dès lors, une certaine routine s'installe dans la prose et ne rend pas service à l'héroïne dont le caractère et ses principes singuliers de morale deviennent vite pénibles.

Heureusement que l'ensemble soit écrit dans un style abordable, sans fioriture, sans rupture de rythme, pour proposer une fin somme toute cohérente mais laissant planer le doute sur la personnalité de la narratrice.