Je voudrais tant que tu te souviennes, Dominique Mainard

 Ed. Folio Gallimard, mai 2009, 368 pages, 7.4 euros

 

Se souvenir.


La maladie  d'Alzheimer, c'est le sujet central du roman, mais son nom n'est jamais évoqué. le lecteur le devine au détour d'une situation ou d'une phrase.
L'héroïne Julide est chargée par sa tante Nala de s'occuper de leur voisine, Mado, qui vit seule et semble tellement désemparée parfois:
 "Elle est comme un verre qui se vide, par une brèche minuscule, une toute petite fêlure, et si tu ne prends pas soin de la remplir, elle disparaîtra tout à fait."
Mado a l'étrange particularité de photographier tout ce qui se trouve à ses pieds, peut-être pour combler son handicap de pied bot. Une amitié "évaporée" se noue entre Mado et Julide, jusqu'au jour où Mado au lieu de regarder le sol comme à l'accoutumé lève la tête....mais, chut...

 Le style est superbe, tout en pudeur et délicatesse. Le roman se structure en deux parties toutes aussi poétiques à leur façon. La vieillesse, la maladie, l'amour sont traitées avec tact et l'auteur use beaucoup de métaphores pour exprimer parfois la violence d'une situation. Ainsi, l'amour arrivé trop tard alors que la vieillesse est déjà là s'exprime avec beaucoup de finesse: "ce qui est au dehors d'elle (Mado) n'est pas vert et jeune comme ce qui a germé à l'intérieur depuis l'arrivée de l'homme".
La mémoire, les souvenirs, sont comparés à des taches de couleurs qui se diluent ou des photographies qui s'estompent avec le temps.

C'est un moment rare de lecture à savourer sans modération.