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Granny Webster, Caroline Blackwood

Ed. Le livre de poche, traduit de l'anglais par Michel Marny, mars 2013, 160 pages, 5.1 euros

Jachère familiale.


Granny Webster est peut-être une lointaine cousine de notre "Tatie Danielle" nationale, le vice en moins.
En séjour chez elle pendant deux mois pour profiter de l'air marin, la narratrice ne profitera en fait que de l'air vicié de la maison ou de l'air de la Roll Royce...
"Monstre d'inertie"aux "habitudes sédentaires et inaltérables", l'arrière grand-mère est un surprenant sujet d'étude pour une ado de quatorze ans. En fait, elle doit sa longévité à une parcimonie totale: matérielle, sentimentale et humaine. Ainsi, selon son leitmotiv "la vie ne peut-être jamais très drôle pour qui réfléchit", elle laisse défiler les heures, bien droite sur sa chaise.
Et pourtant, le père de la narratrice, mort durant la guerre, n'oubliait jamais de lui rendre visite. Dès lors, regroupant ses souvenirs et interrogeant son entourage, la jeune femme va tenter de comprendre l'attitude de son père. Pendant cette enquête, le lecteur apprend que la fille unique de Granny termine sa vie dans un asile psychiatrique oubliée de tous, que la tante de la narratrice est trop excentrique pour ne pas cacher un terrain dépressif, bref, la généalogie familiale n'est pas de tout repos.

En utilisant une narration simple et fluide, Caroline Blackwood dénonce à la fois les conventions familiales de la bourgeoisie anglaise rigide, et l'inertie de leurs membres prêts à tout pour garder secrètes les tabous familiaux. Pour "survivre dans le vide solitaire et dépourvu d'amour qu'elle s'était créé", Granny Webster a renoncé à tout, y compris aux sentiments filiaux.
Finalement, on peut se poser légitimement la question si ce comportement n'est pas plus ou moins responsable des névroses de la descendance, car à vivre sans amour pendant l'enfance, la porte est ouverte aux conséquences fâcheuses.
Donc, un bon roman qui se lit d'une traite, très riche en personnages torturés.

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