CIEL1.0: L'hiver des machines, Johan Heliot

Ed. Gulf Stream, octobre 2014, 248 pages, 16 euros.

Une Nouvelle Ère


"Je suis l'avenir de cette planète.
Vous devez disparaitre pour qu'elle continue à vivre.
Il n'y a pas d'autre solution envisageable.
Le processus est enclenché.
Il sera lent mais inéluctable.
La Nouvelle Ere ne sera plus celle de l'humanité"

Quand le vieux Tomy décide de réunir, dans son chalet au fin fond de la montagne, sa famille dispersée au quatre coins de l'Europe, il était loin de s'imaginer que le réveillon de Noël allait être pour le moins mouvementé. Certes, réputé bourru, parfois considéré comme un ermite car refusant de céder aux nouvelles technologies, le vieil homme vit en complète autarcie. C'est sa façon à lui de s'opposer au CIEL, le réseau mondial qui gère tout depuis deux ans, de la goutte d'eau du robinet jusqu'à la moindre machine qui a besoin d'énergie électrique.
Comment les gouvernements ont-ils pu faire confiance à un immense ordinateur central qui, en cas de Big Bug, réduirait à néant tous les circuits de distributions d'informations et d'énergie de la planète? Et pourtant, en cette semaine de Noël, le chaos redouté mais réputé pour être impossible, survient. Plus rien ne fonctionne, et le système d'exploitation se révèle autonome, retournant les machines contre les êtres humains.
Les machines sont devenus des prédateurs et les Hommes des bêtes à chasser.

Peter, le fils de Tomy, ses enfants Jenny et Thomas, son ex-femme Sarah, n'ont pas eu le temps de rejoindre le chalet de Tomy avant la panne généralisée. Thomas reste coincé dans son internat, qui, au fil des jours, ressemble à un camp d'internement, Jenny est toujours à Berlin où la capitale rappelle des jours sombres de la Seconde Guerre Mondiale, et Peter tente de rejoindre Paris pour, aux côtés de ses collègues de l'armée, mettre en place la résistance. Quant à Sarah, sortie indemne d'un naufrage, elle devient, par la force des événements, la porte parole du CIEL.
Dès lors, on peut se poser la question si ce soudain dysfonctionnement n'est pas finalement un acte terroriste. Et si une intelligence humaine était le cerveau de cette attaque géante? Maintenant, finie la consommation à outrance. Parce que les êtres humains ont détruit sciemment les écosystèmes et ont multiplié les sites pollués à vie, le réseau mondial a décidé qu'ils n'étaient plus digne de régner sur la planète. Une nouvelle ère doit donc commencer qui, au final, aboutira à l'extinction de l'espèce.

Avec ce tome 1, Johan Heliot présente le prologue d'une future quadrilogie romanesque relatant l'affrontement des machines contre les Hommes. Le thème n'est pas nouveau, et au début, des références peuvent nous venir en tête, tel le film Tertminator ou les romans d'Isaac Asimov, mais les comparaisons s'arrêtent là. 
En construisant son récit autour des membres d'une seule et même famille, l'auteur multiplie les points de vue grâce à la structure chorale de la narration. Non seulement ce procédé évite l'enlisement, mais il a le mérite de donner de la dimension à l'ensemble.
Sur fond de revendications écologiques, ce roman de science-fiction interpelle les plus jeunes sur les risques informatiques et les désirs parfois prononcés d'un système global informatisé. D'où l'importance, souvent répétée en filigrane, de l'existence d'une main mise humaine sur les machines, garantie d'une certaine forme de liberté.

La résistance ne fait que commencer, à suivre donc.