Une semaine dans la vie de Stephen King, Alexandra Varrin

Ed. Léo Scheer, septembre 2014, 244 pages, 19 euros.

"Je suis votre plus fervente admiratrice" (Misery)

 


Alexandra aime Stephen King. Attention elle ne fantasme pas sur l'homme, mais adore l'écrivain, l'auteur à succès du roman de genre, celui qu'on a tant décrié par le passé et qu'on adule aujourd'hui.
Du 12 au 16 novembre 2013, les éditions Albin Michel ont réussi à faire venir en France le romancier américain. C'est la première fois qu'il met les pieds sur le vieux continent, car Stephen King est un casanier qui fuit les médias. Pour l'occasion, plusieurs rendez-vous avec son public sont prévus, et naturellement, Alexandra Varrin compte bien être présente pour chacun.

Stephen King et elle, c'est une relation auteur-lectrice qui remonte à loin, du collège plus précisément, quand elle a pu emprunter un de ses ouvrages au CDI de son établissement. Au fur et à mesure, la lectrice intriguée est devenue subjuguée, affinant sa connaissance de l'univers littéraire de l'auteur par des relectures et une collection exclusive. Alexandra Varrin est une lectrice monomaniaque, mais une lectrice qui a su lire en profondeur l'auteur prolifique, et en tirer des valeurs, des schémas qui lui ont permis de grandir et accéder sans trop de casse vers l'âge adulte. Cependant, en fan intelligente, elle a su garder une certaine distance:
"Pour autant, je ne me suis identifiée à aucun des personnages de Stephen King; j'ai des points communs avec certains, mais ce ne sont pas forcément mes préférés. Je n'essaie pas d'ailleurs de me trouver en lisant ses romans."

Novembre 2013 correspond avec la parution de Docteur Sleep dans les librairies, suite tant attendue de Shining et des aventures de Danny Torrance . Or, pour Alexandra, cette parution est anecdotique. Elle, c'est La Tour sombre, son ouvrage de prédilection, une épopée fantastique sur l'équilibre des mondes parue sur plusieurs années, et dont les principaux personnages influencent parfois d'autres romans. Son rêve c'est de pouvoir échanger sur cette sombre histoire avec Stephen King... A défaut, elle lui serrera plusieurs fois la main, échangera quatre-cinq banalités, mais restera conquise par la simplicité de l'homme.

"Chez soi, c'est l'endroit où se trouve son cœur, et le mien est éparpillé entre Derry, Haven, Ogumquit, Castle Rock, Chester's Mill et toutes les autres villes qui servent de décor aux romans de l'écrivain."
Car Une semaine dans la vie de Stephen King est autre chose que le journal de bord d'une fan dans le sillage de son héros. C'est aussi un point de vue lucide et parfois ironique sur sa condition de "groupie", d'écrivain aussi, et surtout une défense argumentée du roman de genre.
En effet, Stephen King en est l'auteur symbole par excellence. Il adore écrire des histoires d'horreur, faire peur dans un cadre codifié où la fin du livre annonce le retour à la réalité. En sa compagnie, on fait face à nos angoisses inexprimées, on chemine sur des sentiers qu'en temps normal on n'oserait pas prendre. En approfondissant la lecture, il nous renseigne sur la nature humaine, ne triche pas avec les caractères de ses personnages, et place les travers de la société moderne en catalyseur des déviances, monstruosités et crimes annoncés.

Alexandra Varrin a signé un livre touchant sur son rapport entretenu avec son écrivain préféré. Au mot rapport, elle préfère le mot lien:
"Le lien qui m'unit à lui est pareil à son univers: vraisemblable mais pas réaliste. Il n'est pas fait pour exister, il est fait pour être vécu."
Stephen King est dans son coeur, dans sa vie; elle l'a dans la peau, au sens propre du terme comme en témoigne ses tatouages faisant référence à l'univers de l'auteur.

A découvrir.

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