Tout ce que nous aurions pu être toi et moi, si nous n'étions pas toi et moi, Albert Espinosa

Ed. Le livre de poche, mars 2013, 216 pages, 6.6 euros

A la surface des souvenirs


Carlos a toujours eu une relation quasi fusionnelle avec sa mère, chorégraphe de renom. Avec elle, il a découvert le monde, et a pris conscience de l'importance de la sexualité et des sentiments dans les rapports hommes-femmes. Aujourd'hui, sa mère est morte et Carlos, effondré, décide d'abandonner l'existence à sa manière:
"Quand j'ai appris que ma mère m'avait abandonné, j'ai pris conscience du fait que j'allais à mon tour abandonner le monde."
Pour ce faire, il décide de se procurer de la Cétamine, médicament révolutionnaire qui supprime l'état de sommeil tout en laissant le patient en forme. Ah quoi bon dormir si c'est pour se souvenir de ceux qui ne sont plus? De plus, Carlos est "affligé" par un don "pas douloureux, juste un drôle de mélange d'étrangeté et de plaisir", à savoir la capacité de voir les souvenirs et les pensées des gens. A cause de cela, il collabore souvent pour la police, et juste avant de s'injecter la Cétamine, on l'appelle pour une nouvelle collaboration...

Assez original, le roman se situe à la frontière de la fable ésotérique et du conte fantastique, sans oublier une pointe de Science- Fiction (l'action se situant dans un futur proche). L'ensemble se lit d'une traite non sans quelque plaisir, n'empêche que le ton mièvre et gentillet peut agacer.
De plus, la morale développée: "les limites du monde sont là où tu le décides" peut s'avérer déconcertante et peu propice à un épilogue qui répond à toutes les questions posées.

Carlos est un solitaire longtemps étouffé par une mère qui ne l'a jamais vraiment considéré comme son enfant mais plutôt comme un compagnon de route. Elle l'a formaté comme elle le voulait, et lui, se trouve "englué" par la conception de la vie qu'elle lui a transmise. Quant à "l'étranger", n'est-il pas un peu le miroir de nous-mêmes?
Pourtant, le lecteur pouvait s'attendre à davantage de profondeur et de contenu dans la rencontre de ces deux personnes.
C'est là que le bât blesse: du début à la fin, on reste à la surface des événements si bien que le lecteur referme le livre sans être complétement satisfait.

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