Resurrectio, Amelie Sarn

Ed. Seuil Jeunesse, septembre 2014, 317 pages, 14.5 euros.

Lucia, Maxine, Kerenn, Katy, Liu, Nubia, et les autres...


Quand Marie se réveille sur une table métallique, dans une pièce immaculée, rien ne lui revient en mémoire pour expliquer sa situation. Certes, elle associe les objets à des mots qui lui reviennent spontanément, mais elle a l'impression que son cerveau est vierge de souvenirs. Alors lorsqu'un homme se présente à elle, lui disant s'appeler Victor Franck et se présentant comme son père adoptif et son médecin, elle le croit spontanément.
"Elle ne savait pas qui elle était. Elle ne se reconnaissait pas. Ou plus exactement comme si ses mains ne reconnaissait pas son visage."
Marie, face au miroir, est incapable de se reconnaître. Même le tatouage sur son épaule ne lui est pas familier. Quant à la multitudes de cicatrices qui barrent son corps meurtri, son père lui explique qu'elles sont les conséquences d'un grave accident de voiture. Très docile tout d'abord, elle accepte sa solitude imposée et le mystérieux comportement de celui qui vit avec lui. Il note tout ses faits et gestes dans des carnets, évite toute explication sur son passé et son amnésie, mais surtout, semble très inquiet à propos de sa santé et lui injecte régulièrement un cocktail d'immunodépresseurs. Seulement, à seize ans, la jeune fille a soif de retrouver une vie normale en allant au lycée comme ceux de son âge.
D'abord réticent, Victor accepte. Pour Marie, ce nouveau quotidien est une bouffée d'oxygène, même si l'établissement est une micro société au sein de laquelle elle doit se protéger contre la méchanceté des autres filles. Alors, pour retrouver un peu de calme, elle se réfugie régulièrement à la bibliothèque, véritable havre de paix, refuge où elle rencontre Liam, le champion de natation de l'école. Une véritable amitié se noue, confortée par la rencontre avec Malo, le petit frère autiste de Liam.
Cependant, la vie de Marie est hantée par un phénomène inquiétant qu'elle n'ose pas révéler à son père.Régulièrement, lorsqu'un danger guette, une ombre noire l'envahit et semble s'étendre autour d'elle. De plus, parfois, elle a l'impression de se retrouver dans la peau de quelqu'un d'autre et revivre des scènes bien précises d'un passé dont elle ignore tout. Peut-être l'explication se trouve-t-elle dans son propre passé familial, mais Victor refuse toujours de se livrer, trop inquiet d'être retrouvé par Hydra, la multinationale dont Münde est le dirigeant, et qu'il a quittée sans explications quelques mois auparavant.
"Marie avait un sentiment de vide. Elle était debout au bord d'un gouffre sans fond. Et ce néant l'attirait autant qu'il la révulsait."
Et si le secret était vraiment trop grand pour elle?

Le lecteur attentif aura très vite compris qu'Amélie Sarn reprend les principales lignes du mythe de Frankenstein inventé par Mary Shelley en 1818, pour offrir un roman ado fantastique contemporain plutôt réussi.
Victor Franck est la réincarnation fictionnelle de Victor Frankenstein, et Marie celle de la créature à qui on a redonné une étincelle de vie, sauf que cette dernière aime son créateur.
D'ailleurs, ce créateur devient petit à petit un père inquiet et à l’écoute. Il sent que sa relation avec Marie se transforme, avec tout ce que cela implique de complications relationnelles.
Néanmoins, l'auteure s'éloigne du roman gothique. Marie et Liam ont une histoire sentimentale, la jeune fille est hantée par des visions morbides, sauf qu'elle est ignorante de ses origines. Victor est bel et bien un Prométhée des Temps Modernes; il a vaincu le secret de la mort et il est dépassé par son expérience.
Resurrectio est finalement un roman novateur car il renoue avec un vieux mythe en l'inscrivant dans une intrigue éminemment contemporaine. La montée en puissance du suspens tout au long du récit offre un dénouement rapide, violent, qui annonce une suite probable.

A découvrir sans tarder.

A partir de 13 ans.

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