No man's land, Loïc Le Pallec

Ed. Sarbacane, collection Exprim', août 2013, 317 pages, 16 euros

Robots humanistes




Loïc Le Pallec présente une fable moderne sur fond de monde post apocalyptique. En effet, après que les hommes se soient entre-tués, il ne reste plus trace d'eux sur Terre, mis à part leurs constructions qui prennent le sable. Dans une petite ville au bord de la mer, non loin d'une centrale nucléaire, et d'un ancien bâtiment de recherche en robotique, quelques robots « ont quitté leurs agglomérations (…) pour se diriger » vers cette dernière et s'y établir. Eux-mêmes n'arrivent pas à expliquer pourquoi ils se sont sentis irrémédiablement attirés par cette cité abandonnée, au point que certains ont parcouru des milliers de kilomètres pour la rejoindre !
Archi, Meph, Domo, Cerebro et les autres ont été les témoins impuissants d'une humanité qui s'enfonçait tous les jours un peu plus vers « un abîme sans fond ». Créatures devant leur existence à l'ingéniosité humaine, ils n'arrivent pas à expliquer la complexité de leurs créateurs, capables à la fois de construire des armes de destruction massive et des vaccins performants. De plus, depuis qu'ils ne peuvent plus compter que sur eux, ils sont doués de réflexion et de libre arbitre. En menant une petite enquête, Archi se rend compte que tous ses concitoyens et lui proviennent de la même usine, à croire qu'ils ont été investis d'une mission par ceux qui les ont crées...
« Je crois que l'homme a cherché en nous une sorte de miroir, un moyen de mieux se comprendre lui-même, voire de découvrir le secret de ses origines. »

Au fil du temps, chacun développe des capacités qui vont au-delà de leurs performances initiales, et propices à être utiles au quotidien au sein d'un groupe structuré. Ainsi, Archi et ses amis tendent à développer au sein des murs abandonnés de l'ancienne ville, une nouvelle cité idéale, altruiste, philanthrope, dans laquelle sont exclus les sentiments de jalousie et de haine, ainsi que la quête de pouvoir. Alors qu'ils n'ont besoins que d'énergie solaire ou de la pile atomique pour  reprendre des forces, ils mettent au point un système d’irrigation, créent des serres pour aider au développement des plantes, et ainsi contribuer au renouveau lorsque la terre ne sera plus contaminée.
Enfin, pour renforcer leur sensation d'individualité déjà exprimée par le choix de leurs prénoms respectifs, ils permettent aux uns et aux autres de s'ouvrir à la culture, soit par la connaissance des grands auteurs stockés dans leurs mémoires internes, ou par des cours d'agronomie, de thermodynamique, de mécanique ou autre matière innovante, proposés par leur propre C.E.R (Centres d' Etudes et de Recherches), profondément convaincus de l'axiome suivant :
« C'est au travers de toutes ces actions que nous créons notre monde. Un monde où il est agréable à chacun d'occuper sa place. »

Au fil des pages, cette nouvelle forme de société est la représentation fantasmée qu'on se fait d'une société humaine utopique, délivrée des considérations économiques, politiques et militaires qui les régentent. Pourtant, l'auteur nous rappelle, de façon régulière, que les protagonistes sont de simples robots, autrefois témoins de nos défauts et nos excès, qui ne font que reproduire un schéma déjà vu sans les éléments pouvant lui nuire.
« Ce que l'homme fait, l'homme le détruit » a écrit Saint Augustin. Les paysages désertés de toute vie humaine, et l'épilogue en clin d’œil ne font que confirmer cette pensée.
No man's land est un roman intelligent, souvent drôle, qui offre une belle réflexion sur nous-mêmes, sans sombrer dans le pessimisme ou la philosophie, car l'auteur n'oublie jamais qu'il s'adresse avant tout à de jeunes lecteurs qui ont l'avenir devant eux.

A partir de 12 ans.


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