Mohawk, Richard Russo

Ed. 10/18, traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch, août 2013, 454 pages, 8.8 euros 

Le pathologiste du cœur.


Premier roman de Richard Russo écrit en 1986, cette œuvre possède déjà toutes les qualités propres à l’auteur. Pourtant ce dernier connut la consécration en recevant le Prix Pulitzer pour Empire Falls  (le déclin de l’empire Whiting, 10/18,2002), écrit quinze ans plus tard !
Mohawk est une ville américaine « typique » de l’état de New-York : elle s’est implantée autour d’une usine dont elle doit prospérité et travail à ses habitants. Sans elle, point de salut, et même si l’activité de tannerie rejette des produits toxiques dans la rivière provoquant des maladies graves, on se garde bien de l’ attaquer de front ! Les habitants de cette bourgade se connaissent tous : ils sont nés, ont grandi et travaillent maintenant à Mohawk.
Sous l’œil de Harry, patron du Dinner local et homme bourru au grand cœur, ils tentent de donner un peu de relief à leur vie morne. Ainsi, on suit particulièrement les destins croisés d’Anne, jadis la plus belle fille de la ville, de Dallas, son ex-mari, « dont la vie est une succession d’accidents évités de justesse », et de leur fils Randall. 
Autour d’eux, « gravitent » une foule de personnages secondaires qui donnent de la vraisemblance et de la richesse au récit. Un lecteur averti de l’auteur y découvrira des thèmes qui deviendront récurrents dans l’œuvre à venir : la mère castratrice (ce qui nous vaut des pages succulentes !), les amours ratées, les rancœurs tenaces. Or, lorsque vous assemblez tous ces thèmes au sein d’une bourgade, cela fait l’effet d’une bombe !
Mine de rien, en racontant les secrets, les désillusions et les espoirs de ces petites gens, Richard Russo atteint une intensité dramatique remarquable pour un premier roman. En partant de l’idée que « parfois les gens deviennent fidèles à une erreur. Ils peuvent y consacrer toute leur vie », il a construit un récit prenant servi par une prose simple aux dialogues savoureux. Enfin, le lecteur sent déjà que l’auteur est « un alchimiste de la littérature », possédant l’art de transformer des petits faits du quotidiens en sujets en or. 
A découvrir sans tarder.

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