Memoria, Léonardo Patrignani

Ed. Gallimard jeunesse, traduit de l'italien par Diane Ménard, avril 2014, 320 pages, 15 euros

Et la vie continue...




Le tome 1 - Multiversum- se terminait par un saut dans le vide. Les héros formés par le couple Jenny et Alex préféraient sauter et pourquoi pas continuer à vivre dans un des nombreux mondes parallèles rendus possibles par leurs esprits, plutôt que de mourir avec l'Humanité à cause d'un météore proche d'anéantir notre planète.
Ce tome 2 commence donc là où le tome 1 s'est terminé, ou plus précisément dans les limbes de Memoria:
"Bienvenue dans Memoria.
L'endroit où le seul environnement possible est celui du souvenir. Memoria, interminable silence entre la fin du disque et le début de la trace cachée."
Les jeunes gens, accompagnés de Marco, ont très bien compris que la nouvelle réalité qui se présente à eux est purement mentale, créée de toutes pièces par leurs souvenirs, mais également ceux des personnes qu'ils ont croisées. Ainsi, cette expérience leur prouve ce qu'ils pensaient déjà, à savoir la supériorité de l'esprit sur le corps.
Jenny et Alex sont en quelque sorte des survivants de l'apocalypse, mais tous deux sentent très vite que le monde où ils évoluent est "un maudit labyrinthe sans issue" dans lequel ils revivent inlassablement ce qu'ils ont vécus par le passé. Leur vie est désormais un rêve éveillé avec des personnages hors contexte.

De son côté, Marco tente de trouver un moyen de quitter cette réalité purement mentale dans laquelle parfois il retrouve l'usage de ses jambes, parfois non. Son enquête lui fait comprendre que ses amis et lui font partie d'une expérience plus vaste fomentée par son propre père, qui, dans un monde parallèle était un gynécologue au lieu d'être un avocat. Ainsi, Jenny, Alex et lui font partie d'une liste de dix noms qui, à priori, posséderaient des facultés mentales hors du commun. Mais comment retrouver les sept autres jeunes personnes manquantes? Les projections dans le passé sont-elles les seules voies à explorer?

Planète Terre, an 2456.  Après la chute du météore et de nombreux tsunamis, seules quelques terres sont restées hors d'eau, vestiges de nos anciens continents. Parmi elles, la plus importante, Gê, équivalente à notre vieille Europe. La langue utilisée est l'italien, tandis que les autres sont considérées comme anciennes et inusitées. L'humanité est de nouveau en marche et a beaucoup progressé grâce aux vestiges de l'ancienne civilisation, conservées dans l'Océan. La communauté scientifique vit et travaille dans des sous-marins géants tel le Mnémotica, et fonctionne à l'image de la vie sur la terre ferme: surveillance constante, peu de libertés et de temps libre.
Ben est un scientifique qui travaille sur la découverte du siècle: une capsule hermétique a été retrouvée dans laquelle était enfermée une jeune fille. Le lecteur attentif comprendra tout de suite qu'il s'agit de Jenny qui, apparemment, a été mise en coma artificiel dans un des mondes parallèles avant la chute du météore de 2014.
Pour Ben, cette découverte est d'autant plus excitante que jadis, en compagnie de son père Ian, à l'occasion d'une mission de recherches, ils avaient trouvé une capsule du même genre, avec, cette fois-ci un jeune homme à l'intérieur. Cette trouvaille était tellement insolite que le groupe avait décidé de garder le secret...
Ainsi, Marco avait raison lorsqu'il expliquait à ses amis:
"Nous vivons dans une infinité de réalités, les possibles sont multiples. Dans la synchronie des innombrables dimensions du Multivers, la mort n'existe pas."
Alors, sentant que la société ultra surveillée où il vit  ne fera pas bon usage de cette découverte, il décide de protéger Jenny en l'emmenant chez son père...

Pour bien comprendre les tenants et les aboutissants de ce tome 2, il convient d'être un lecteur rigoureux et concentré ayant compris les rouages du Multivers et de Memoria, tant les références sont nombreuses et se croisent souvent. Sans cela, on risque de se noyer faute de comprendre toutes les subtilités du récit mis en place.
Leonardo Patrignani, avec ce second opus, a véritablement lancé "sa machine". Le monde qu'il a imaginé tourne à plein régime et produit sa propre cohérence. Grâce à l'infinité des mondes possibles, il existe une infinité de chemins possibles pour l'intrigue principale. C'est pourquoi, de nombreux récits secondaires viennent se greffer et ajoutent au suspens. Dès lors, un tome 3 se profile, car de nombreuses questions restent sans réponses après l'épilogue.
Memoria ravira les lecteurs du tome 1 et ne laissera pas indifférent ceux qui en ont fait l'impasse et qui découvrent l'univers de ce jeune auteur italien.

A découvrir à partir de 13 ans.