L'homme illustré et Chroniques martiennes, Ray Bradbury

Ed. Gallimard, Collection Folio Science-Fiction, traduit de l'anglais (USA) par Brigitte Mariot et Constantin Andronikof, juin 2005, 352 pages, 5.6 euros

"L'homme est un loup pour l'homme"


Le recueil de nouvelles commence et se termine par l'étrange destin de l'Homme Illustré, choisi par une vieille voyante, dont les tatouages prennent vie et prévoient l'avenir de ceux qui les regardent...
Ces dix-huit nouvelles, toutes tournées vers l'avenir ont en commun de prévoir un futur désenchanté, en guerre, que l'être humain n'a pas pu ou n'a pas su maîtrisé. Que ce soit sur Mars, sur la pluvieuse Vénus, ou dans l'espace, les hommes réussissent toujours à montrer ce qu'ils ont de plus mauvais entre eux.
Réflexe de survie dans un monde hostile? Non, la folie et la vanité l'emportent sur tout, même sur les rêves. Seule la dernière nouvelle tente de faire la paix avec ce constat en mettant en scène un père de famille qui construit une fusée et embarque ses enfants dans un faux voyage dans l'espace. La sagesse vient d'un martien qui, débarqué sur Terre et constatant les dégâts, écrit à son épouse: "quelque part sur Terre, il y a un Homme aux commandes d'une manette qui peut sauver le Monde s'il l'actionne".
Mais cet Homme le voudrait-il vraiment?
Notre Terre est une "planète maudite", un havre de paix et de bonheur transformé en Enfer. Alors que les Chroniques Martiennes du même auteur étaient mélancoliques et poétiques, les nouvelles de l'Homme Illustré sont amères et pessimistes. Décidément, le futur de l'Humanité prend une drôle de tournure...



Ed. Gallimard, collection Folio Science-Fiction, traduit de l'anglais par Jacques Chambon et Henri Robillot, décembre 2002, 336 pages, 6.2 euros

La mélancolie du monde rouge

 

 L'important dans ce recueil de nouvelles n'est pas tant la projection d'une éventuelle conquête martienne avec ce qu'elle comporte de charme, de fantasme, de fantastique, mais plutôt notre incapacité à nous Terriens de changer et de ne plus faire les mêmes erreurs.
Après les tentatives avortées d'une arrivée en fanfare sur Mars et une éventuelle collaboration avec les Martiens, Bradbury explique que les Américains ravagent d'abord inconsciemment, puis ensuite sciemment ce monde nouveau qui leur ouvrait les bras. 

On atteint ensuite le degré ultime de mélancolie lorsque les colons insistent impuissants à la destruction de leur terre mère.
Aujourd'hui les dates des chapitres font sourire (c'est tellement proche...), mais ce recueil nous invite à changer radicalement de comportement face à l'inconnu et à la nouveauté. 

Trop sûrs de nous, nous allons droit à notre perte. Seule la dernière nouvelle est pleine d'espoir et propose une colonisation de Mars avec des gens sensés et respectueux de ce qui fut et a vécu.
C'est la troisième fois que je lis ces nouvelles, et je suis toujours transportée par la narration grave et mélancolique, les paysages inventés d'un monde à portée de mes rêves d'enfant.


A lire et à relire sans modération.