La fille dans l'escalier, Louise Welsh

Ed. Métailié Noir, collection Bibliothèque écossaise, traduit de l'anglais (GB) par Céline Schwaller-Balaÿ, 251 pages, 18 euros.

 Toujours se méfier de ses voisins!


Jane, sur le point d'accoucher, a quitté Londres pour rejoindre à Berlin sa compagne Petra. Cette dernière est cadre dans une grosse entreprise, tout le temps débordée, souvent absente, néanmoins ravie à la perspective d'être mère. Savoir Jane dans son luxueux appartement la rassure et la conforte. Pour la future maman, la situation est un peu plus ambiguë: l'approche de la naissance la fait douter sur ses aptitudes de mère, de compagne. Et puis, ce nouveau logis a tout le confort certes, mais il est froid et impersonnel, loin du nid douillet qu'elle croyait trouver. De plus, les fenêtres donnent sur le cimetière jouxtant l'église du quartier, ou sur un bâtiment abandonné, qui, la nuit, n'est pas signalé par des réverbères.
La grossesse est aussi le temps de l'insomnie. A défaut de dormir correctement, Jane écoute les bruits de l'immeuble. Force est de constater que leur voisin, qui vit seul avec sa fille de treize ans, n'est pas des plus discrets. Des bruits de coups, des cris hystériques se font entendre régulièrement au point que pour Jane, découvrir ce qui se passe chez cet homme devient une obsession, d'autant plus qu'en croisant Anna, la petite voisine, cette dernière présente un étrange hématome au visage.
Or, son enquête s'avère difficile. En effet, la gamine n'est pas coopérante, provocante même, et se cachant volontiers dans l'immeuble d'en face. Quant à Alban Mann, le "charmant voisin", gynécologue de profession, il a tendance à vouloir faire croire à l'entourage de la résidence que Jane est un peu folle:
"Certaines femmes enceintes sont sujettes à des troubles. Cela les rend vulnérables à des délires paranoïaques. C'est un état temporaire, mais cela peut-être perturbant pour elles, et pour ceux qui les entourent."

Petra ne la croit pas, les autres voisins lui recommandent de laisser tomber, mais Jane s'enfonce. Anna devient une obsession de tous les instants. Elle la suit dans les rues de Berlin, au cimetière où elle fait la connaissance d'un étrange pasteur, arpente les quartiers chauds à la recherche d'indices, se résout même à explorer le bâtiment en face de chez elle. Pourtant, on l'avait prévenue:
"Les bâtiments abandonnés sont comme les gens abandonnés. Ils deviennent aigris et peu fréquentables."
A force, elle met son enfant et elle en danger.

Louise Welsh brouille les pistes avec ce polar de facture honnête qui tire parfois sur la corde de la vraisemblance pour augmenter la pression dramatique. Par moment, le lecteur a du mal à cerner les intentions profondes de Jane; il ne sait plus si ses actes sont de l'ordre de la folie passagère ou de l'altruisme exacerbé. A suivre les pas de l'héroïne dans la capitale allemande, Berlin perd de son identité et ressemble à d'autres capitales européennes, lieu de tous les possibles et de tous les interdits.
En décrivant des voisins tous  plus étranges les uns que les autres, Louise Welsch a voulu accentuer une atmosphère lourde, remplie de non-dits, de secrets bien gardés, vivant dans un immeuble de standing, feutré, au sein duquel les portes restent fermées.
Le lecteur averti devinera l'épilogue au trois quart de sa lecture, sans pour autant avoir la sensation d'un moment gâché.

Pour les inconditionnels du genre.