Fannie et Freddie, Marcus Malte

Ed. Zulma, octobre 2014, 160 pages, 15.5 euros
Suivi de Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas

Minerve est en marche.



 Aux Etats-Unis, de nos jours. Fannie a la rage, elle est désespérée, et pourtant dans sa vieille Toyota, elle reste calme, lucide parce qu'il le faut si elle veut que son plan réussisse.
Justement, cette infirmière surnommée Minerve à cause de sa drôle de posture, est comme la déesse grecque, guerrière et sage à la fois. C'est donc en toute tranquillité qu'elle enlève un jeune homme alors qu'il était sur le point de monter dans son coupé Mercedes.
Blessé et ligoté sur une chaise dans une maison abandonnée, la victime semble non seulement ne pas connaître son agresseur, mais ne devine pas non plus le mobile de son enlèvement. Et puis Fannie lui fait peur; elle est trop calme, et son regard est étrange, froid du fait de sa "coquetterie" : un oeil de verre.
Un étrange monologue s'installe dans lequel la jeune femme va tenter de faire comprendre à son prisonnier pourquoi il se retrouve dans cette posture:
"Elle dit: Et toi? Qui es-tu, toi? Es-tu un homme qui bâtit l'Amérique, ou es-tu un homme qui la détruit?
A cet instant, il n'y a pas la moindre différence entre sa pupille morte et le noir orifice du Smith & Wesson. Comme un seul et même vide. C'est un abîme béant dans lequel, le temps d'une fulgurante fraction de seconde de lucidité, le jeune homme entrevoit sa chute et sa fin."

Au fil de son récit, on comprend que Fannie n'a pas choisi son prisonnier par hasard. Il s'appelle Freddie, et tous les deux peuvent reformer le couple "Fannie et Freddie. Comme Fannie et Freddie Mac. Les géants du crédit. La reine et le roi des hypothèques. Un couple maudit."
Tout est pensé, calculé. Finalement, Freddie n'est-il pas responsable de la ruine de millions de personnes à cause de la crise des subprimes? Même si en 2008, il ne travaillait pas encore comme courtier, il est un symbole aux yeux de Fannie. Il incarne celui qui a ruiné ses parents, son père qui a toujours travaillé et qui faisaient parti de "ces hommes [qui] ont forgé le fer et l'acier. Pour vous. Pour construire des buildings au sommet desquels vous trônez, là-haut dans vos bureaux. C'est sur leurs os, c'est sur leurs squelettes que vous vous êtes élevés. Et c'est sur leur ruine que vous continuez à pousser."
Freddie comprend enfin la vengeance de son agresseur. Il est terrifié.

Marcus Malte raconte le piège mis au point par une femme qui a perdue ses parents de façon dramatique, et cherche les responsables pour enfin leur faire payer leurs méfaits. Fannie -Minerve- est un personnage double, à la fois d'un calme olympien et d'une fureur guerrière lorsqu'elle raconte le drame familial. Freddie est constamment en retrait, unique témoin de la folie et du désespoir d'une personne qui est seule, accablée de chagrin.
Fannie et Freddie se lit d'une traite, et le récit,condensé volontairement, créé une sensation de malaise chez le lecteur, incapable de deviner quelles sont les limites de l'héroïne.

Le second texte Ceux qui construisent des bateaux ne les prennent pas raconte l'histoire d'un lieutenant de police qui cherche depuis plus de trente ans le meurtrier de son meilleur ami, retrouvé mort un matin sur une plage de la Seyne-sur Mer.

A découvrir.


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