Dix questions à Edith Soonckindt, traductrice littéraire

Traductrice du Chardonneret de Donna Tartt (The Goldfinch, Pulitzer 2014), Edith Soonckindt, qui est aussi auteure, a traduit à ce jour de l’anglais une trentaine de romans et recueils de nouvelles, qui lui ont valu bourses de traduction du Centre National du Livre et deux résidences de traduction au Collège International des Traducteurs Littéraires d’Arles.

Après avoir enseigné en universités pendant de nombreuses années aux États-Unis, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et bien sûr en France (son pays d’origine), elle vit aujourd’hui à Bruxelles, La Ville de la Pluie ainsi qu’elle l’a surnommée dans son dernier livre…


Dans l’article « Une avant-dernière portion de Tartt » publié sur votre site (http://soonckindt.com), vous expliquez que vous avez mis six mois à traduire les 787 pages du roman « Le Chardonneret » de Donna Tartt. L’avez-vous d’abord lu entièrement en anglais avant d’entamer sa traduction ?

Non, je le fais rarement, histoire de garder le suspense entier et de me distraire en travaillant ! Normalement, ça fonctionne, et j’ai rarement eu de mauvaises surprises, sachant par ailleurs que de plus en plus de manuscrits en anglais sont donnés à traduire avant la publication en VO, et ne sont donc parfois même pas terminés !
Dans ce cas-ci, mal m’en a pris, même si la suite s’est avérée pleinement heureuse, mais bien plus tard : j’ai lu le premier chapitre qui était tout à fait « normal », donc j’ai accepté sur cette base-là. Et puis catastrophe au deuxième chapitre, où la scène de l’explosion dans le musée s’est révélée un entrelacs suffocant de détails techniques plus incompréhensibles les uns que les autres ! Là, j’ai bien cru que j’allais rendre mon tablier, j’en aurais pleuré !
Et les difficultés ne s’arrêtaient pas là, les descriptions ponctuelles de l’atelier d’ébénisterie étaient très techniques aussi, à s’arracher les cheveux quand on n’y connaît rien, ce qui était mon cas, avec, plus loin encore, un florilège de termes ès drogues, domaine qui n’est pas ma spécialité non plus ; sans parler du vocabulaire lié aux paris sportifs qui fut un vrai cauchemar aussi et dont seul un recherchiste émérite m’a dépêtrée, sachant que tout cela devait être par ailleurs traduit en un temps record. Or j’avais accepté ce délai serré – pour bien faire, j’aurais dû disposer d’une année entière – sur la base d’une traduction certes longue, mais sans difficultés particulières, croyais-je en toute innocence… Vu l’actuel succès du livre, je ne regrette pas d’en avoir accepté la traduction, mais je serai peut-être plus vigilante une prochaine fois… On apprend à tout âge !

Comment l’éditeur vous a présenté l’ouvrage ?

Il ne m’a pas raconté grand-chose puisque le livre n’était pas encore publié en anglais à l’époque – je l’ai traduit sur épreuves non corrigées, une tendance de plus en plus marquée dans la traduction de livres commerciaux de l’anglais. Qui plus est, ce roman était entouré du plus grand secret – futur coup médiatique oblige – que je me suis engagée à respecter même si c’était difficile : je suis du genre bavarde et, en prime, je tiens un blog littéraire ! Je craignais aussi que mon ordinateur ne soit piraté si un fan quelconque – et cette gente dame semblait en avoir des millions – apprenait que ce dernier recelait un original que beaucoup mourraient d’envie de connaître puisque Donna Tartt ne sort un livre que tous les dix ans !
J’ignorais tout de cette auteure et de ses deux précédents best-sellers – qui, soit dit en passant, ne garantissent néanmoins jamais qu’il y en aura un troisième – et je me souviens juste que le livre m’a été présenté comme un thriller… Étant donné ce sceau du secret imposé à tous, éditeur compris, peu d’informations filtraient sur le Net pour en apprendre davantage et j’ai donc découvert le contenu au fur et à mesure, comme un lecteur ; enfin, un lecteur particulièrement lent puisqu’il m’a fallu six mois pour connaître la fin. Du coup, question suspense, j’ai été servie, je crois !
En butte à d’intéressants problèmes de traduction (voir question 1), j’avoue sinon avoir été frustrée de ne pas pouvoir faire d’articles détaillés sur le sujet pour mon blog ainsi que je l’avais fait au fur et à mesure de ma traduction de L’Ami du roi, un roman historique de Rose Tremain, et j’ai joué de fine diplomatie sur Facebook pour demander à mes amis de l’aide (qu’ils m’ont apportée !) sur des thèmes d’ébénisterie sans jamais dévoiler le contexte que, souvent, ils me demandaient « pour mieux comprendre » ! Je précise que, vers la fin, Donna Tartt elle-même, adorable et fort disponible, m’a apporté son concours pour démêler les derniers nœuds syntaxiques.

Aviez-vous déjà lu l’auteure auparavant ?

Non, jamais et je me suis sentie assez démunie de ne pas mieux la connaître, j’ai donc dû faire un petit tour discret auprès de mes amis pour savoir ce qu’ils en pensaient dans l’éventualité où ils auraient luLe Maître des illusions ou Le Petit copain, tous deux traduits chez Plon. Le mot « pavé » est revenu à plusieurs reprises puisque c’est le cas de ses deux précédents livres aussi. Cela étant, mes préférences de lecture allant surtout à la littérature française contemporaine, ou bien à la japonaise, j’ignore souvent tout des auteurs anglophones contemporains que l’on me demande de traduire. J’ai au moins le plaisir de la découverte !

Donna Tartt lit et comprend le français. N’était-ce pas, sans le vouloir, une pression supplémentaire pour vous ?

Cela l’aurait certainement été si je l’avais su avant ! Nadine Gordimer, entre autres exemples, est réputée pour rendre la vie infernale à ses traducteurs – alors que son français n’est pas excellent – donc cela m’aurait sûrement occasionné des angoisses supplémentaires dont je n’avais certainement pas besoin au vu des lourdes responsabilités qui pesaient déjà sur mes épaules !
Dieu merci, je ne l’ai appris que le jour du cocktail de lancement de Plon, à la sortie du livre un an plus tard ! Et là, elle m’a félicitée pour mon travail, sans néanmoins omettre de souligner quelques erreurs – une vingtaine sur près de 800 pages, ce n’est pas trop catastrophique – erreurs que, dans ma grande précipitation, j’avais commises ici et là…

Sur votre blog, vous expliquez clairement que le succès d’un ouvrage traduit est important pour son traducteur en termes de rémunération. Ce rapport mercantile n’engendre-t-il pas une certaine obsession sur les chiffres des ventes ?

Si l’on est obsédé par l’argent, on n’exerce certainement pas le métier de traducteur littéraire ! Pour un ouvrage très difficile que j’ai traduit il y a peu (L’Ami du roi, de nouveau lui), le style pseudo XVIIe à rendre, et dont je ne suis aucunement spécialiste, m’a tellement compliqué la tâche qu’au vu du nombre d’heures insensées passées sur la besogne, ma rémunération s’est chiffrée à 5 euros net de l’heure, moins qu’une femme de ménage alors que j’ai un niveau Bac+6 !
Alors, oui, à côté de cela, la traductrice de Cinquante nuances de Grey a empoché 400.000 euros de droits d’auteur, mais pour un coup de ce genre, il faut comprendre que la plupart d’entre nous travaillons dans l’ombre et pour des sommes dérisoires – au vu des compétences et du temps demandés pour bien traduire – ce dans un aléatoire financier des plus usants et sans la moindre reconnaissance professionnelle, le plus souvent.
Donc, oui, le traducteur signe pour un pourcentage (entre 1 et 3, le plus souvent 1…) sur les ventes – et sa rémunération de départ représente d’ailleurs une avance sur droits – mais pour toucher quelque surplus que ce soit, il faut d’abord que l’éditeur ait récupéré les droits d’auteur avancés ; et il faut ensuite de fameuses ventes pour toucher quoi que ce soit en plus ! J’y suis parvenue avec La Nostalgie de l’ange et Les Cinq personnes que j’ai rencontrées là-haut, ce qui m’a surtout valu des impôts insensés, mais j’en ignorais tout au moment de la traduction puisque, de nouveau, elle s’est effectuéeavant la sortie aux États-Unis et que, de toute façon, un succès là-bas n’est pas systématiquement suivi d’un succès ici, les goûts des lecteurs américains n’étant pas les nôtres.
Inversement, j’ai déjà traduit un livre que l’on m’avait annoncé comme un futur best-seller (il l’avait été en Suède) et qui, parce que à connotations orientales et sorti au moment de la guerre du Golfe, a fait un flop total en français… Donc on ne peut jamais jurer de quoi que ce soit à l’avance. Pour Donna Tartt, je ne m’attendais à rien et ne comptais sur rien non plus. J’ai donc traduit tranquillement, ou presque au vu de la portion temporelle congrue dont je disposais et qui m’a tout de même valu d’y passer 10 heures par jour, ce qui est beaucoup trop et n’est pas une bonne façon de traduire.
C’est maintenant que je regarde chaque semaine la place du Chardonneret au palmarès, mais comme, en bonne littéraire que je suis, je suis nulle en chiffres, je n’ai absolument aucune idée de la somme qui me sera versée en 2015 – on reçoit toujours les droits d’auteur au printemps de l’année suivante. Donc, et d’une, je suis loin d’être riche pour l’instant, et de deux, cela ne me tracasse guère, je verrai bien de quoi le printemps 2015 sera fait quand il fleurira !

Aimez-vous le mot « traductrice » ? Sinon, quel terme conviendrait le mieux selon vous ?

Je n’ai rien contre, il dit bien ce qu’il veut dire, encore que, dans une précédente interview, le journaliste ait commis l’erreur, commune paraît-il, de me traiter d’interprète, ce qui m’a fait bondir ! Évidemment, l’on pourrait être poétique et parler de « passeur de mots », mais déjà que notre métier est nébuleux et mal cerné par le grand public – qui croit souvent que Google traductions suffirait parfaitement à l’affaire – avec une telle appellation, la confusion serait complète !

Il a fallu que « Le Chardonneret » obtienne le Prix Pulitzer pour qu’enfin les médias s’intéressent à votre travail. Qu’en pensez-vous ? Est-ce symptomatique d’un état de fait qui consiste à ne voir que sur un livre le titre et l’auteur ?


Hormis six interviews qui n’ont jamais eu lieu auparavant, c’est vrai, je ne sais franchement pas si beaucoup de journalistes s’intéressent davantage à moi et à mon travail depuis le succès du Chardonneret. Dans l’ensemble ils ne s’intéressent guère aux traducteurs, point barre, à part quelques noms phares le plus souvent liés, mais pas toujours, à la notoriété de l’auteur traduit ou au prestige d’un ouvrage. Et là, il est clair que ces derniers jouent, oui, y compris au niveau des éditeurs aussi, je pense. Si l’on a traduit un grand auteur, ou un grand livre, on est forcément un grand traducteur, ce qui est absolument faux ! Je pourrais citer nombre de best-sellers de « grands » auteurs traduits par des gens qui font honte à la profession en traduisant cream cheese par crème du fromage (à la place de fromage frais) ou en parlant d’être blanc comme de la craie (calque de l’anglais) au lieu d’être blanc comme un linge et j’en passe.
Et puis, qu’est-ce qu’un grand auteur ? Ce n’est pas forcément celui qui vend des millions d’exemplaires. Je pleure encore sur ma traduction – autrement plus difficile, et donc héroïque – de la Galloise Trezza Azzopardi dont le magnifique livre Ne m’oubliez pas (paru également chez Plon) est passé totalement inaperçu des journalistes et du tristement « grand » public, et ma traduction avec d’ailleurs – mais ça, c’est moins grave – et qui aurait largement mérité tous les prix du monde. Seulement voilà, c’était un livre original et difficile, donc personne n’en a fait cas et ça, c’est une des plus grandes blessures de ma carrière littéraire.

Si j’ai bien compris, vous fustigez les articles qui oublient de mentionner le traducteur. Quelles pistes proposez-vous pour changer les mentalités ?

Que diriez-vous si vos articles, ou vos livres si vous en écrivez, étaient publiés sans votre nom alors que vous en êtes l’auteur ? Pour mémoire, et encore trop de gens l’ignorent, le traducteur littéraire a, en France, le statut privilégié d’auteur – ce n’est pas forcément le cas dans d’autres pays – qui lui permet donc d’être rémunéré en droits d’auteur sous la forme d’avances sur droits au moment de la signature du contrat, avec un éventuel (et rarissime) complément lorsque le livre se vend bien, ce qui demande déjà quelques centaines de milliers d’exemplaires…
Je n’ai, personnellement, pas de pistes à proposer – qui se soucie d’une malheureuse traductrice littéraire, à part vous qui les respectez et je vous en remercie – mais il y a par contre une association fort efficace qui nous regroupe tous et qui s’appelle l’ATLF, l’Association des Traducteurs Littéraires de France (http://www.atlf.org/) : elle s’attelle chaque jour avec acharnement à la reconnaissance du métier et de nos droits, que ce soit auprès des journalistes ou des éditeurs. Mais il y a encore du pain sur la planche quand l’on sait que nombre d’éditeurs omettent encore de mentionner le traducteur sur la page promotionnelle d’un livre et que, dans le cas du Chardonneret et de sa centaine de recensions, un bon tiers des journalistes a omis de mentionner mon nom, comme si le texte leur avait été fourni en français directement par Donna Tartt ! Quel mépris, et quel manque de respect !

Les traducteurs de l’anglais sont-ils nombreux ? Vous connaissez-vous, ou finalement est-ce un métier résolument solitaire ?


Les traducteurs de l’anglais sont beaucoup trop nombreux pour pouvoir exercer leur métier de manière continue, la concurrence est très rude ! Mieux vaut pratiquer une langue dite mineure, c’est mon cas avec le néerlandais, mais j’aime tellement peu cette langue que je répugne à travailler avec elle. Si j’en crois l’annuaire de l’ATLF nous sommes plusieurs centaines d’anglicistes répertoriés par spécialités (États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Nouvelle Zélande, Australie, Afrique du Sud, Irlande, etc.) et par genre (poésie, polars, jeunesse etc.), à la fois sur le site Internet de l’association et dans un annuaire distribué gratuitement aux éditeurs tous les deux ans. En comparaison, en néerlandais il y a 21 traducteurs ! (mais aussi moins de livres à traduire).
Dans mon expérience, les éditeurs font appel à l’annuaire pour les langues dites mineures, justement, pour lesquelles ils ont peu de contacts/infos, mais sinon c’est essentiellement la recommandation d’un autre éditeur qui fonctionne, ou la réputation/notoriété du traducteur s’il a la chance d’en avoir une. J’ai traduit La Nostalgie de l’ange parce que j’avais écrit un roman intitulé Le Bûcher des anges, à quoi ça tient ! Notons qu’il en va des grands traducteurs comme des grands auteurs, les plus connus ne sont pas forcément les meilleurs (ce qui s’applique bien sûr à moi qui commence à l’être).
Dans l’absolu, nous ne nous connaissons pas entre nous puisque éparpillés aux quatre coins de la France, voire du monde pour certains. Mais l’annuaire nous permet de nous contacter entre nous en cas de question pointue, par exemple ; et sinon, il y a des points de ralliement, comme les journées professionnelles d’ATLAS, les Assises de la traduction littéraire, le CITL (le Collège International des Traducteurs Littéraires), et divers autres collèges de traducteurs de par le monde, ou encore l’une ou l’autre table ronde lors d’un salon du livre. J’ai pratiqué tout cela au fil des ans, ainsi que séminaires et festivals : du coup, cela m’a permis de rencontrer quelques collègues avec qui je suis toujours en contact professionnel ou personnel aujourd’hui.
En cela, le CITL est magique car il m’a permis de croiser le traducteur de Proust et de Stendhal en persan, celui de Deleuze en tchèque, ou encore celui de Rabelais en serbo-croate ! Cela offre des occasions de voyages aussi, et parfois même quelques rencontres amoureuses…
À part cela, le métier en lui-même est résolument solitaire – c’est même pour cela qu’on le choisit, je crois ! – mais Internet a singulièrement changé la donne en facilitant les recherches – je ne louerai jamais assez les bienfaits de Google images ! – et les réseaux sociaux ainsi que les mails ont mis un terme à un isolement qui pouvait peser, parfois. Car si le traducteur aime la solitude, il n’est pas forcément misanthrope… Personnellement, je suis infiniment conviviale, mais après avoir enseigné dix années en universités étrangères, je n’aime rien de plus que travailler seule chez moi, dans mon petit appartement feutré sous les toits où aucun bruit ni aucun tracas ne m’assaille tandis que je traduis, ou que j’écris…

Pour finir, quelles sont vos prochaines traductions ?
J’en ai rarement plusieurs en stock à l’avance, hélas, mais cette fois-ci j’en avais deux, dont un pavé qui a été malheureusement annulé suite à un changement d’éditrice dans la maison, le deuxième en six mois. Peut-être la nouvelle éditrice me la proposera-t-elle à nouveau ? Bien que stressantes financièrement, ces périodes sans commande permettent de se reposer, de prospecter ou, dans mon cas, d’écrire ce que j’avais dû remiser durant tous ces mois pour cause de traductions forcenées – deux difficiles coup sur coup, je m’en remets tout juste six mois plus tard ! Heureusement, un de mes propres travaux sort mi-juin en France (La Ville de la Pluie, Maelström, Bruxelles), un court texte poétique que j’ai écrit durant cette pause ès traductions, justement…
À part cela, je dois, normalement, entamer en mai la traduction d’un premier roman américain qui m’a l’air fort sympathique (2 A.M. at the Cat’s Pajamas, de Marie-Helene Bertino), mais sur lequel je possède, de nouveau, peu d’informations, et pas encore de contrat… Je vous l’ai dit plus haut, c’est l’aléatoire qui est le pain quotidien des traducteurs littéraires, pas la traduction de livres à succès… Dans ce cas-ci, j’ai en tout cas négocié le même délai que Le Chardonneret, mais pour moitié moins de pages ; et je compte sur un temps de décantation suffisant, qui m’a cruellement manqué pour Donna Tartt, afin de tenter d’en faire un petit bijou finement ciselé ! On peut toujours rêver…

Coup de théâtre : alors que cette interview allait être bouclée un éditeur vient de me contacter pour me proposer la traduction de Unravelling Oliver, de Liz Nugent, un thriller psychologique qui m’a l’air très appétissant et qui, si je dois la combiner avec celle de Bertino, risque de faire avorter derechef mon projet de traduction tranquille et ciselée… Drôle de métier.


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