L'Homme-qui-dessine, Benoît Séverac

Ed. Syros jeunesse, janvier 2014, 211 pages, 14.5 euros.
Préface de Francis Duranthon, paléonthologue et directeur du Museum d'Histoire Naturelle de Toulouse.

A l'aube du monde.


Avec une solide documentation, une imagination débordante, le sens du récit, la passion, on peut écrire des choses surprenantes et ce roman l'est à plus d'un titre. En effet, Benoît Séverac a imaginé une intrigue policière se situant 30 000 ans derrière nous!
Éloigné de sa tribu depuis trois hivers pour dessiner sur des écorces de bouleaux les paysages inconnus, Mounj est un Homme-qui-dessine, ou Homme-droit (comprenez un Homme de Néanderthal) en pleine santé, contrairement aux siens qui se meurent à petits feux, atteints d'un mal étrange et inconnu:
"Sa mission est restée la même que celle de ses ancêtres: dessiner les contours et les reliefs du monde pour mieux le comprendre et compter les tribus d'humains qui le peuplent, qu'ils soient Hommes-droits ou Hommes-qui-savent."
 Alors qu'il est en train de suivre le cours d'un ruisseau, il trouve le cadavre d'un Homme-qui-sait (comprenez un Homo Sapiens) tué depuis peu. A peine a-t-il le temps de constater que la mort n'est pas naturelle, qu'il est cerné par des chasseurs qui l'accusent du meurtre.
Emmené auprès des sages de la tribu, il obtient du chef un répit de sept jours pour trouver le meurtrier qui s'acharne sur les jeunes mâles de ce clan. S'il ne réussit pas, il acceptera d'être sacrifié. Pendant ce laps de temps, Mounj va vivre le quotidien des Hommes-qui-savent dans les galeries, lieux qui abritent Womb et bien d'autres secrets:
"Womb est la mère protectrice, elle fait peur aux Hommes-qui-savent, elle est un ventre sombre et profond qui peut avaler les hommes sans les rendre, de la même façon qu'elle détient et protège à la fois les peintures sacrées."

L'intrigue policière sert de prétexte pour mettre en évidence le mode de vie préhistorique et les croyances de l'époque. De plus, l'auteur fait bien la distinction entre le Néanderthal et le Sapiens, distinction qui se fait d'ailleurs jusqu'à la résolution des crimes. Le roman est assez pédagogique: le lecteur est mis au fait des connaissances que nous avons sur cette période, mais l'aspect didactique qui pourrait être ennuyeux est effacé par le rythme trépidant de l'intrigue principale.
Finalement, l'Homme-qui-dessine est un roman très original, bien pensé, qui remplit son contrat de lecture sans être barbant. Pourtant, le pari était risqué.

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