Le ruban, Ogawa Ito

Ed. Philippe Picquier, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako, septembre 2014, 320 pages, 19.5 euros

Ma vie d'oiseau.


Hibari et sa grand-mère Sumire sont passionnées par l'observation des oiseaux. Un jour, elles recueillent trois œufs dans un nid abandonné. C'est tout naturellement que la vieille dame décide de les couver dans le chignon de sa chevelure:
"Sumire, devenue une véritable maman oiseau, les abritait dans le nid de sa chevelure, et moi, en tant qu'assistante, je l'aidais de mon mieux. Faire éclore les œufs était devenu notre mission suprême."
De cette attention improbable, un oeuf survit et éclot; une petite peluche calopsitte voit le jour.
Sumire décide d'appeler l'oisillon Ruban comme le ruban invisible qui relie deux âmes. Ainsi, grâce à la perruche, Hibari sera reliée à sa grand-mère pour l'éternité, son âme sera toujours auprès d'elle.

Ruban grandit et se caractérise par une houppette sur son crâne. Il vit en semi-liberté avec sa mère adoptive, mais un jour que la fenêtre reste malencontreusement ouverte, il s'enfuit, attiré par le ciel:
"J'ai regardé le ciel encore une fois.
 Ruban était là, quelque part dans les cieux.
 Il était vivant et il resterait (...) Quelque part dans le ciel, il veillait sur nous deux, j'en étais sûre."
C'est le début d'un voyage d'une vingtaine d'années dans lequel Ruban va croiser les chemins de vie de nombreux personnages.

Dès lors, le récit se transforme en recueil de nouvelles où la perruche devient le fil d'Ariane. Le lecteur suit les rencontres de l'oiseau. Qu'elles soient éphémères (une apparition dans le ciel) ou durables, elles symbolisent un virage dans la vie de ceux qui le voient. Ainsi, on fait la connaissance de Tori, soigneur à la Maison des Oiseaux, d'une maman déprimée après la perte de son petit intra utero, ou encore d'un couple touché par le deuil d'un membre de la famille. Cependant, l'histoire la plus longue explique le moment où Ruban est devenu Suehiro quand, un jour il s'est posé sur l'épaule de Mihoko alors qu'elle venait d'apprendre que ses jours étaient comptés.
"Je me sentais toute drôle. Alors que nous venions à peine de nous rencontrer, j'avais l'impression que nous vivions ensemble depuis des dizaines d'années, comme si j'avais trouvé l'âme soeur."

Ogawa Ito exploite les thèmes de la peine, du chagrin et de la maladie, sauf qu'on ne ressent aucun pathos, tant l'approche est originale est apaisante. Ruban est un baume au cœur, un apaisement pour celui qui souffre. La perruche calopsitte est une thérapie naturelle qui s'approche de la souffrance pour la dompter et l'effacer temporairement, si bien que certains la perçoivent comme un ange.
Et comme le ruban qui relie les âmes, le récit se termine par là où il a commencé. Ainsi, le lecteur retrouve Sumire et Hibari, quelques années après la fuite de l'animal. La vieille femme a "peu à peu commencé à voyager dans un autre monde. Un univers différent de la réalité présente, visible aux seuls yeux du coeur, dans lequel elle flottait comme une plume."
Ruban a marqué les esprits pour toujours.

Le ruban est un roman apaisant et admirablement construit. A la fois conte et recueil de nouvelles, il explique de manière poétique aux lecteurs occidentaux que nous sommes la conception toute orientale du chagrin, de la maladie, du deuil. Ce qui nous semble dramatique et insurmontable leur paraît comme une étape certes douloureuse mais annonciatrice d'un renouveau.
La petite perruche calopsitte a une vie pour le moins riche et mouvementée, néanmoins, partout où elle apparaît elle apaise les esprits. Dès lors, Sumire ne peut être que fière de l'oiseau qu'elle a couvé amoureusement. C'est pourquoi, elle sent dans son coeur que Ruban a réussi sa vie, et décide de le rejoindre.

Avec cet ouvrage, la littérature japonaise nous offre un bijou de sensibilité que la traduction de Myriam Dartois-Ako a su retranscrire avec merveille, en toute émotion contenue.
A découvrir sans tarder.

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