Le nuage radioactif, Benjamin Berton

Ed. Ring, août 2014, 392 pages, avec des illustration de Kevin Cannon, 19.95 euros

Le ciel était bleu comme un nuage...


Le nuage radioactif pourrait être une suite probable de La chambre à remonter le temps, une possibilité d'avenir entrevue par le héros Benjamin lors de ses voyages temporels... Or, cet avenir là n'est pas bon. En effet, l'auteur y décrit une France totalement dépendante de ses centrales nucléaires, maîtrisant avec brio la langue de bois pour cacher les incidents plus ou moins graves. Dans ce futur proche, les vents se sont essoufflés, l'écosystème s'est modifié au point que des espèces ont disparu, les orages électriques sont monnaie courante, et les nouveaux bâtiments montrent déjà au bout de trois semaines des signes de dégradation. Bref, "notre civilisation est bâtie sur du sable mouillée" mais la majorité d'entre nous refuse d'ouvrir les yeux:
"L'homme préférait de toute façon faire à peu près n'importe quoi d'autre que ce qu'il aurait fallu faire pour sauver la planète."

A Chinon, la centrale nucléaire dégage de drôles de nuages, bleus et curieusement statiques. Justement, la centrale de Chinon, c'est l'obsession de Denis, homme qu'on adore détester à cause de son passé violent et sa défection en tant que père de famille. Mais voilà, persuadé qu'une catastrophe nucléaire est imminente, il enlève son fils de sept ans Ian, et l'emmène avec lui sur les routes encerclant la centrale. Le nuage bleu l'inquiète, le perturbe au point que lorsque ce dernier se met à bouger, il décide de le suivre:
"La proximité du nuage, Denis en était persuadé, altérait l'air et par son intermédiaire, était capable d'agir sur la nature humaine, de modifier les réactions des animaux et des créatures dominantes, d'altérer le tissu social et de déclencher des réactions imprévisibles."
Or, Denis est aussi un homme en perdition, en fuite avec lui-même et les autres. Être avec Ian est tout nouveau pour lui, c'est aussi une épreuve au quotidien dans laquelle il doit refouler sa violence et supporter les caprices du petit garçon. Et puis comme il se persuade que les radiations modifient à long terme la texture des choses, peut-être aura-t-elle une influence sur son avenir?
L'avenir est plus qu'incertain selon Denis. L'accident majeur est imminent. Il n'est pas le seul à le penser, d'autres comme lui y croit, mais lui est fermement persuadé qu'il sera l'annonce d'un monde nouveau:
"Mais le fantasme du grand accident, qui viendrait et ravagerait toute la planète, ou rendrait inhabitable des pays entiers, n'était pas quelque chose qu'il prenait au sérieux. Ce n'était rien d'autre qu'une mise à jour de la Grande Apocalypse annoncée par les hommes depuis des siècles et qui n'était jamais venue."
Déjà, "les pluies transforment les gens. Elles établissent un ordre et en démontent un autre." Et pour convaincre le lecteur, l'auteur dresse le portrait de personnages directement touchés par cette transformation.
Comme Dieu a mis six jours pour créer le monde, il faudra six jours pour détruire celui que nous connaissons, et permettre ainsi aux survivants d'en bâtir un autre, différent:
"Ce qui rend les hommes aussi dominateurs sur le monde, c'est qu'ils peuvent tout endurer, absolument tout."

Le nuage radioactif est un roman pré et post apocalyptique qui dénonce les dérives de notre société actuelle et l'aveuglement systématique des hommes concernant les questions écologiques. C'est aussi et surtout l'histoire d'un personnage détestable, porté par ses rencontres, comme autant de portraits secondaires attachants, qui tente tant bien que mal de renouer avec une paternité jusque là mise de côté.
Benjamin Berton propose une vision pessimiste de l'avenir et interpelle le lecteur sur une autre possibilité de vie.

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