La double vie de Cassiel Roadnight, Jenny Valentine



Ed. Ecole des Loisirs, collection Medium, septembre 2013, 284 pages

Usurpation d'identité



Cassiel Roadnight est un adolescent anglais, sans histoires, vivant avec sa mère Helen, sa sour Edie et son frère Franck, soutien de famille, qui, visiblement, a fait fortune dans la finance. Le soir de la fête Hay en Fire, début novembre, il disparaît mystérieusement . Deux ans ont passé depuis : pas de corps, pas de nouvelles, juste la volonté tenace de le voir réapparaître un jour.
Justement, le directeur d'un foyer croit l'avoir retrouvé. En effet, ils ont récupéré un jeune homme qui errait dans les rues de Londres, vivant des restes des poubelles, un vagabond qui « ne possède rien, ni alourdi par aucun bien. » L'adolescent tait son identité, plus pour se protéger que par caprice. Son histoire familiale est singulière : il a vécu jusqu'à l'âge de dix ans avec son grand-père, qui, dans la protection de sa maison, lui a appris à lire, écrire, à s'ouvrir à la vie sans dépendre des autres. Mais un matin parti chercher son whisky, le grand-père n'est pas réapparu, laissant un môme terrifié, puis récupéré par les services sociaux. Son prénom, Chap, est le seul lien qui le lie encore à son ancienne vie.
« C'est drôle comme les choses importantes, celles qui changent la vie, peuvent avoir des racines lointaines, des débuts dérisoires. »
Il a suffi d'une photo qui lui ressemble sur un avis de recherche, pour que Chap soit confondu avec Cassiel, le disparu. Alors, parce qu'il veut changer de vie, et aussi parce qu'il veut enfin avoir une famille digne de ce nom, Chap accepte l'imposture, sans pour autant se débarrasser d'un sentiment de culpabilité grandissant :
« C'était ce que j'avais voulu. Un endroit que je puisse considérer comme le mien, une chambre à moi. Une famille, une mère et une sœur qui me connaissaient, qui aimaient, et qui étaient juste là, de l'autre côté du couloir. Un frère, en chemin, qui vient me souhaiter la bienvenue à la maison. »
La ressemblance est si frappante qu'Edie et Helen sont persuadées d'avoir retrouver Cassiel. Et tant mieux si le fils/frère revenu est plus agréable à vivre qu'il y a deux ans ; n'est-ce pas la vie dans la rue qui lui a mis du plomb dans la tête ?
Pour Chap, sa nouvelle identité est plus difficile à gérer car il n'est pas facile de prendre la place d'un disparu, avec ses secrets et sa part d'ombre. De plus, « il y avait tellement d'amour chez les Roadnight que ça en devenait étouffant. Je n'arrivais plus à respirer. C'était comme essayer de survivre sous l'eau. »
Alors Chap tente de devenir Cassiel, de trouver sa place au sein de sa famille, même si Franck, le grand frère, sous une bonhomie feinte, lui darde des regards flamboyant de colère et de fureur . Car, finalement qui a tué Cassiel un soir de fête ? Pour quelle raison ? Floyd, un ancien ami de Cassiel semble tenir des informations de première importance.

Constamment sur la corde raide de peur d'être démasqué, Chap s'en veut de plus en plus, « se sent pourri jusqu'à la moelle » :
« Je suspendis une serviette sur le miroir. Je ne voulais plus me voir. Je ne voulais pas que ça me rappelle que j'étais moi, et non pas lui. Si seulement j'avais pu avaler un cachet et oublier ! (…) J'aurais voulu passer l'éponge, comme on efface la buée sur un miroir, la craie sur un tableau noir, je me serais effacé, moi, de la face de la Terre. J'aurais tellement voulu oublier. »

L'effacement, le sentiment d'imposture, sont au centre de ce roman trépidant qui ne souffre d'aucun temps mort, et amène le lecteur vers un dénouement aussi surprenant que le passé familial de Chap le narrateur. Ce dernier est constamment tiraillé entre son désir profond d'avoir une famille et le sentiment d'être un imposteur. A vouloir comprendre la disparition de celui dont il a pris l'identité, il va mettre au jour des secrets familiaux qui le mettront en danger, mais qui lui permettront d'être en accord avec qui il est vraiment.
L'intrigue, digne d'un polar, qui reprend le thème de l'usurpation d'identité, augmente le suspens et met en haleine le lecteur. Ainsi, La double vie de Cassiel Roadnight est un livre abouti, bien mené et cohérent qu'il s'agit de découvrir à coup sûr.

A partir de 13 ans.