Effets secondaires probables, Augusten Burroughs

Ed. 10/18, traduit de l'anglais (USA) par Samuel Sfez, juin 2013, 308 pages, 8.1 euros

Thérapie par le rire


Dans ce recueil de nouvelles, Augusten Burroughs parle de lui….tout le temps ! Le « je » est prépondérant, et là où on pourrait s’attendre à un monologue insipide et rabat-joie, le lecteur lit une prose jubilatoire, sans complaisance sur la famille, l’alcoolisme, les amis, l’écriture. Augusten est un homme lucide, peu narcissique mais qui cumule selon lui des petits défauts qui lui rendent la vie dure : le stress, l’hypocondrie, la paresse, et un amour immodéré pour les chiens. De son code génétique, il se plaît à dire qu’ « il est un aimant à catastrophes, grandes et petites. Comme Carrie à la fête du lycée. » 
 Publicitaire de talent, il sent pourtant qu’il n’est pas fait pour ce monde de requins. Pour lui, la vie rêvée est une vie d’ascète, dans son petit appartement, à noircir des pages, encore et encore. Or, un certain penchant pour la bouteille le freine dans ses projets jusqu’à le mettre dans une situation de laisser-aller repoussante :
 «  mais je n’avais pas atteint l’oubli. Le Chez Moi chaud où je me sentais en sécurité, à l’abri. (…) Je compris alors : je ne vis pas, je meurs activement. Je fume, je vis une vie malsaine. Je suis en train de m’éteindre. » 
De son alcoolisme chronique, Augusten va en tirer une leçon pleine de bon sens et faire un choix de vie radical : écrire au lieu de sombrer, écrire au lieu de s’apitoyer sur son sort, aller « vers l’autre sens, vers l’intérieur » : « je compris. Il faut que j’écrive. Vivre ici, avec mes mots et ma tête. »

L’écriture est fluide, souvent drôle. L’auteur épingle ses concitoyens, son homosexualité, ses amies (ce qui nous vaut une nouvelle superbe JF cherche JF) mêlant le tout aux souvenirs personnels. Ainsi il explique qu’il a grandi au milieu d’une mère maniaco dépressive psychotique, et d’un père qui « gardait ses distances », « un concept abstrait » dont on a du mal à croire qu’il puisse être en chair et en os. 
Et pourtant, le lecteur sent que malgré les parents et l’alcoolisme, l’auteur a su maîtriser ses démons en devenant un homme heureux et épanoui. En filigrane, l’ombre du compagnon, Dennis, le roc, celui qui lui a permis de vivre une nouvelle vie et l’a encouragé dans ses projets, celui qui a le courage de supporter un Augusten Burroughs qui se qualifie de « sérieux et fatigué », « épuisé d’avoir vécu dix sept vies en l’espace d’une seule », dans un corps cassé : « j’ai mal au dos, je n’ai plus de cheveux, j’ai une mauvaise peau » 
Effets secondaires probables est vraiment une « thérapie par le rire » : le lecteur se prend d’affection pour cet anti-héros fatigué et lit avec plaisir des nouvelles attachantes, parfois délirantes (Violations routières entre autres) dont l’auteur manie les codes d’écriture avec grand art et propose des sujets originaux aux fulgurances autobiographiques.

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