Automne, Jan Henrik Nielsen

Ed. Albin Michel Jeunesse, collection Wiz, traduit du norvégien par Aude Pasquier, janvier 2014, 333 pages, 15.9 euros.

L'automne du monde


Nanna et sa petite sœur Fride vivent recluses avec leur père dans le bunker de la maison familiale située sur une île du Fjord. Aussi loin qu'elle se souvienne, Fride a toujours connu les murs humides de leur refuge, les repas chichement pris dans la réserve, et les histoires dans les albums qui racontent un monde fait de bruit, de monde et d'herbe verte.
Le bunker, construit lors de la seconde guerre mondiale, possède un périscope. Les filles, chaque jour, contemple le paysage désolé environnant, que seules les vagues de la mer animent:
"Aucun bruit, aucun mouvement alentour. Rien que le sifflement du vent dans les arbres et le froissement des feuilles tombées à terre. Nanna aimerait tant voir pousser des bourgeons verts tout neufs, mais la nature, comme les humains, est tombée malade. Tout ce qui vivait est en train de mourir."
En effet, une étrange épidémie s'est abattue sur tout ce qui est vivant. Son origine reste floue, mais les êtres humains en meurent aussi. C'est d'ailleurs pour s'en protéger lorsque l'ordre d'évacuation de la ville a eu lieu, que le père a emmené ses filles sur l'île, tandis que la mère, médecin à l'hôpital, est restée sur place. Depuis, environ sept années ont passé, les provisions sont presque terminées et papa est de plus en plus faible.
Alors, non seulement parce qu'elles n'en peuvent plus de la promiscuité du bunker, mais aussi parce qu'elles pensent que le danger a désormais disparu, Nanna et Fride sortent. Pour Fride, la découverte est totale, tandis que pour la grande sœur, le silence régnant est saisissant:
"Elle pense à tous les bruits qui existaient avant. Bruits de voitures, bruits de radio, bruits des gens. Elle aimerait voir le monde aussi animé qu'avant, mais à présent le seul indice qui compte pour elles, c'est le silence."
Trop faible, le père demande à ses filles de se rendre vers la ville abandonnée afin de faire des réserves, mais aussi récupérer les médicaments que la maman avait cachés dans leur appartement au cas où. Ainsi, les deux gamines, courageuses, traversent le fjord en barque pour rejoindre la cité portuaire. Là, elles vont non pas rencontrer le danger, mais des personnes qui, comme elles, ont appris à survivre, à surmonter la solitude et l'isolement. Elles ne sont pas seules, contrairement à ce que leur père pense. Et si leur mère avait survécu finalement?
Au milieu de l'asphalte abîmée, des vitrines éventrées, des carcasses de voitures, et des parcs transformés en cimetières, elles vont rencontrer un étrange garçon, Oiseau, qui considère la ville comme son nid personnel, va leur servir de guide, mais surtout va dévoiler son formidable secret.

Automne est un roman post-apocalyptique novateur dans le sens où les survivants au-delà de la gestion quotidienne de leur survie, n'ont pas à se prémunir du danger extérieur tels vampires, zombies ou autres monstre mutants.Certes, on pourra déceler quelques invraisemblances dans la trame (laisser deux gamines partir à l'aventure dans les ruines du monde), mais l'auteur se rattrape en proposant un récit de qualité, cohérent dans l'ensemble et optimiste.
"La nature est un élément qui nous dépasse (...) Tout semble mourir. Mais un jour, ça commence à pousser. Le soleil réchauffe la terre, et quelques petites pousses vertes font leur apparition dans les endroits bien exposés (...) la nature sait. Elle trouvera peut-être une solution cette fois encore."
Face à la catastrophe humaine et écologique, J.H Nielsen apporte une notre d'espoir. En cela, son roman fait écho à celui de Peter Heller, La constellation du chien (mai 2013, Actes Sud), et non pas à La route de Cormac McCarthy, pourtant cité en quatrième de couverture.

A découvrir, à lire et à partager.

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