L'or des rivières, Nimrod

Ed. Actes Sud, avril 2010, 125 pages, 13.2 euros

Superbe


Dans ce recueil de sept récits, Nimrod, écrivain et poète d'origine tchadienne naturalisé français, raconte son pays, ses souvenirs, son retour en tant qu'exilé.
 Ses voyages au Tchad sont "l'occasion de rompre - du moins provisoirement - avec l'excès de confort qu'était devenu[sa] vie." Il y retrouve sa mère, son "terrain d'enquête, sa fission nucléaire", mais aussi ses amis de jeunesse dont la plupart, hélas, sont alcooliques et ne voient plus en lui qu"un distributeur " facile de billets de banque. Ces retours au pays de la poussière et des caïlcédrats (arbres) font émerger de doux souvenirs d'enfance mais aussi ses rapports douloureux avec ses parents.
Fils unique d'une mère dominatrice: "elle aimait nuire, elle ne savait pas pourquoi", et d'un père pasteur constamment absent, Nimrod a grandi avec les livres et le manque paternel: "me hante le déficit de l'image de mon père. Les années ont passé, mais la même lacune persiste."
Ce père est mort dans des circonstances tragiques: tué lors du vol du tronc de l'église, il symbolise à lui seul l'état de ce pays: "livré à soi-même", où les forces de l'ordre ne servent à rien, et dans lequel les milices pullulent.
Du coup, "étranger capital" lorsqu'il arpente les rues de son village tellement changé, éventré par le béton et les parpaings alors qu'il était jadis si beau avec ses briques de terre, il rend visite à sa mère, chaque soir, au crépuscule.
Sa "mère invente le Tchad" se plaît-il à dire ou plutôt à croire. Certes, elle lui en veut de s'être exilé en France et d'y avoir fondé une famille loin d'elle, mais malgré ses traits sans relief où les sentiments n'arrivent pas à s'accrocher, il revient dans la maison maternelle, "comme un mendiant, à pied, sans voiture (...) seul avec [sa] mère, seul avec le crépuscule".
C'est une découverte, et c'est magnifique. Quelle beauté! Quel style! La prose de Nimrod vous emmène à ses côtés lorsqu'il arpente les rues poussiéreuses de son village. Le ton est délicat, plein d'une pudeur retenue, et de respect pour ses semblables.
Dans son pays où "les étoiles sont des pierres de soif, on ne les désaltère jamais", Nimrod revient aux sources de ce qu'il était et de ce qu'il est devenu. Le regret n'existe pas, mais le lecteur ressent la nostalgie de l 'exilé qui, lorsqu'il revient chez lui, a la douleur de se sentir comme un étranger en terre inconnue.