Hiver arctique, Arnaldur Indridason

Ed. Points Seuil, traduit de l'islandais par Eric Boury, mai 2010, 404 pages, 7.6 euros

"Tombé je suis à terre" (Jonas Hallgrimsson, poète du 19ème siècle)


Elias, dix ans, est retrouvé mort au pied de son immeuble, le ventre perforé, un soir d'hiver. Ce meurtre révoltant  a eu lieu dans un quartier populaire à forte concentration d'immigrés. Justement, Elias est d'origine thaïlandaise du côté de sa maman Sunee.
Naturellement, Erlendur et son équipe s'orientent vers un meurtre raciste, car depuis quelques temps, l'Islande est en proie à "des réflexes nationalistes" et quelques citoyens n'hésitent plus à exprimer tout haut leur opposition aux immigrés:
"Ils n'étaient ni ceci, ni cela,. Il n'étaient pas des Islandais, même s'ils le désiraient vraiment. Une grande partie des gens le considéraient d'abord comme des étrangers, même s'ils étaient nés en Islande. La plupart d'entre eux avaient été été confrontés à des préjugés à leur égard ou à l'égard de leur famille: des regards en coin, des incivilités, quand ce n'était pas de la haine pure et simple."
Pourtant, les policiers se rendent compte aussi que le racisme ambiant se fait aussi dans l'autre sens. Le frère aîné d'Elias, né en Thaïlande, exprime son rejet de l'Islande en ne faisant aucun effort pour s'intégrer. Alors, depusi le meurtre, sa mère le cache pour le protéger.

Sigurdur Oli et Elinborg interrogent sans relâche le personnel de l'école du petit garçon ainsi que ses camarades. En ressortent quelques personnages haut en couleurs dont un certain Jkartan, un prof aigri qui a déclaré sa haine à tout ce qui n'est pas islandais pure souche.
Pendant ce temps, Erlendur, toujours dans sa coquille, tente de comprendre le comportement de ses semblables qui font peu de cas des disparus. Selon lui, la considération faite aux disparitions est à rapprocher du climat, "un enfer météorologique impitoyable où les gens se perdaient, mouraient dans la nature et s'évanouissaient, comme si la terre les avait engloutis." 
Alors, est-il le seul à porter attention à ceux qui ne sont plus là et dont on recherche le corps, comme son frère?

Au delà de la piste raciste, l'enquête soulève aussi la question de l'adoption, car beaucoup d'islandais en mal d'enfants ont adopté dans des pays asiatiques. Justement, ce sujet a une raisonnance particulière pour Sigurdur Oli car son épouse désire adopter. Lui, refuse le sujet sans vraiment en connaître la cause.

La mort du petit Elias interpelle chaque protagoniste du récit et les force à s'interroger sur leur propre vie privée. Côté lecteur, on tourne les pages sans ennui, intrigué aussi par l'enquête secondaire et les états d'âme du mystérieux commissaire Erlendur:
"Il désirait avoir l'âme en paix. Il désirait voir les étoiles cachées par les nuages afin d'y trouver la tranquillité, l'assurance qu'il existait quelque chose de plus vaste et de plus important que sa propre conscience, l’assurance de pouvoir se perdre, ne serait-ce qu'un instant, dans les immensités de l'espace et du temps."

Hiver Arctique est un polar sans fausse note, brillamment construit, dont la fin s'avère aussi froide que le climat de l'Islande.
A lire sans hésitation.


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