Expo 58, Jonathan Coe

Ed. Gallimard, traduit de l'anglais (GB) par Josée Kamoun,  février 2014, 336 pages, 22 euros

 James Bond belge



Le héros du roman, Thomas Folley, est l'archétype même du flegme britannique, engoncé dans une éducation et des convenances bien établies qui finalement, lui donnent l'apparence d'un psycho-rigide aux yeux de tous.
Pourtant, Thomas n'est un british pur souche. Il est belge de par sa mère qui a fui avec sa famille son petit village envahi par les Allemands lors de la Grande Guerre. Or, comme sa mère est toujours restée évasive quant à son passé, le jeune homme ne pose guère de questions sur l'histoire familiale. D'ailleurs, de ce côté là, il a fort à faire. Marié et père de famille depuis peu, il a l'impression de plus en plus tenace de vivre dans une routine déprimante que même son travail n'arrive pas à effacer.
Heureusement, on lui propose une mission en or sur le site de l'exposition universelle à Bruxelles.

L'action se déroule en 1958, dans un monde où la guerre froide bat son plein. Tout le monde surveille tout le monde, et l'expo universelle favorise certes les rapprochements entre pays, mais aussi l'espionnage industriel. Même si "l'Expo avait pour vocation de faciliter la comparaison entre les multiples activités des peuples du monde dans le domaine des arts et des sciences, de l'économie et de la technologie (...) son but ultime était de continuer à promouvoir l'unité du genre humain, dans le respect de la personne humaine."
La perspective de s'éloigner du pays  plaît beaucoup à Thomas. Sa mission est de surveiller le Pub Britannia, le centre névralgique du pavillon anglais, et ce pendant six mois. Et puis, la Belgique n'est-il pas un pays à découvrir?
Son arrivée sur les lieux, la vue de l'Atomium, provoquent chez lui un sentiment indéfinissable de confiance en l'avenir:
" Cette métropole qui défait l'imagination, si fourmillante, si moderne, si étincelante de vie et de promesses. Il avait la sensation de regarder l'avenir (...) Il se sentait le roi de l'univers."

Accompagné de près par Anneke, l'hôtesse belge chargée de le guider sur les lieux, Thomas va rencontrer des gens de tous les pays, et surveiller surtout ce qui se trame autour de la machine ZETA exposée au pavillon britannique et censée incarner le progrès vers la technologie nucléaire.
Affublé de Radford et Wayne, véritables Dupont et Dupond anglais, notre espion va déjouer les plans d'un pseudo journaliste soviétique, un certain Chersky...

La trame est impeccable, les personnages réjouissants. Le lecteur apprend avec plaisir quelques anecdotes de l'Expo Universelle de 1958 comme par exemple le départ des représentants du Congo Belge, lassés de faire l'effet "d'être des animaux dans un zoo" de la part des visiteurs.
Intrigue amoureuse, intrigue d'espionnage, racontées avec beaucoup d'humour rendent ce roman attrayant et plaisant à lire.
Expo 58 incarne la foi d'un homme en l'avenir, en lutte constante contre ses principes, et à la recherche du passé familial.

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