En attendant les barbares, John Maxwell Coetzee

Ed. Points Seuil, mars 2000, 249 pages, 6.7 euros


"Je suis au delà de la souffrance"


En attendant les barbares est présenté comme un roman mais derrière cet artifice de fait, c'est surtout un plaidoyer sur la liberté et la justice, ainsi qu'une dénonciation de la souffrance et de la torture. L'histoire du Magistrat, narrateur perdu dans un oasis de l'Empire, devant faire face un jour à la violence de soldats venus dans son village pour contrarier une éventuelle invasion barbare, est secondaire.
Très vite, l'auteur se sert de son personnage pour écrire de véritables fulgurances littéraires. Ainsi, il oppose un homme épris de justice et pacifique, à un homme froid, dont le regard est caché derrière des verres fumés, et dont "le travail est de trouver la vérité". Pour cela, tous les moyens sont bons, y compris la torture.
Mais qui sont ces Barbares dont on parle tout le temps mais qu'on ne voit jamais? Ce sont de simples tribus nomades vivant "en dehors de l'Empire" dont le seul tort est de ne pas ressembler aux autres dans leurs coutumes.
Très vite, on peut faire un parallèle avec l'apartheid, et le magistrat porte la voix de Coetzee: "je souhaite que ces barbares se soulèvent et nous donnent une bonne leçon pour que nous apprenions à les respecter. A nos yeux, ce pays est à nous, il fait partie de l'Empire (...)Mais ces gens, ces Barbares ne le voient pas du tout sous ce jour (...) A leurs yeux nous sommes toujours des hôtes de passage."

En prônant une politique de justice, le Magistrat devient lui-même un ennemi, puis subit la torture physique et morale pour avoir reconduit chez elle une pauvre Nomade torturée. Il comprend alors que les inquisiteurs et les bourreaux "ont pour article de foi qu'on n'atteint la vérité extrême que dans la dernière extrémité".
L'attente d'un ennemi invisible et la gravité du sujet traité freinent considérablement le rythme du récit. Ainsi, Coetzee a favorisé l'émotion et la réflexion au détriment du dialogue et de l'action.
Dès lors, il faut vous attendre à une lecture très "cérébrale" qui consiste à justifier cette idée:
 "le crime qui est latent en nous, nous devons nous l'infliger à nous même."
Bonne lecture!

Posts les plus consultés de ce blog

Le Gardien des choses perdues

RUE DES ALBUMS (126) Le bain de Berk, Julien Béziat

Une Chance minuscule, Claudia Piñeiro