Dans la nuit brune, Agnès Desarthe

Ed. Points Seuil, septembre 2011, 232 pages, 6.6 euros

Agnes Desarthe s'est inspirée d'un livre écrit par deux chercheurs du CNRS et consacré à la persécution des juifs de Lens pour écrire ce livre. De plus, selon elle, chaque enfant naît sauvage, ce sont les parents qui les socialisent et posent les normes.

Mythe de l'enfant sauvage devenu adulte

 


Jérôme est bien étrange: on sent chez lui un homme tout le temps à côté de sa vie. Bien inséré pourtant dans la société, il fait partie de ces personnages lunaires qui ne montrent rien, qui ne disent rien sauf l'essentiel, et encore!
Même lui s'en rend compte: "ce qu'il a toujours connu en revanche, c'est cette cavité en lui, cette absence, comme une chambre d'écho intérieure"
Alors, quand sa fille unique perd son amoureux dans un accident de moto, Jérôme est perdu, incapable de réagir comme il faut devant la détresse de Marina. Lui, il a une explication à tout cela: petit, il a été trouvé dans une forêt. D'ailleurs, il éprouve encore le besoin de se sentir en communion avec la nature, même si "l'horreur de devenir une bête l'avait emporté sur la douleur d'être un homme.
Sauvage il a été, sauvage il est resté au fond de lui, d'où ce décalage permanent dans ses relations avec autrui...
La rencontre avec un lieutenant de police un peu spécial et une femme totalement extravertie vont lui permettre de faire la paix avec lui même. Agnès Desarthe, une nouvelle fois, signe un roman à demi mots dans lequel le lecteur doit deviner les sensations profondes des personnages en présence. L'intrigue emmène le lecteur dans un jeu de colin maillard genre "tu chauffes, tu refroidis" si bien que certains se sentiront mal à l'aise à cause du manque d'actions de l'ensemble et du caractère assez éthéré du reste. 
 Roman compliqué, cérébral, tout en finesse psychologique, mais qui mérite toute votre attention.