RUE DES ALBUMS (51) J'aime mes cauchemars, Séverine Vidal et Amélie Graux

Ed. Gallimard jeunesse, collection Giboulées, avril 2014, avril 2014, 14 euros.

Pourquoi pas?


"Avec tout ce que maman fait pour moi, mes nuits seront bientôt peuplées de gentils petits animaux mignons, de miel dégoulinants et de princes charmants tout parfaits.
Beurk"

Sa maman a cru bien faire, lorsqu'elle a compris que la petite narratrice faisait des cauchemars toutes les nuits, en lui racaontant, chaque soir, des histoires rigolotes. Et puis, le monde des contes de fées est tellement plus acidulé que celui des monstres qu'on en attraperait la nausée!
La petite fille assume parfaitement sa préférence et argumente, au point d'ajouter "j'ai envie de les dorloter, de leur faire des bisous." Car les cauchemars pimentent son quotidien et la rendent différente des autres gamines de son âge.
Ils lui permettent aussi d'appréhender les situations nouvelles et les petits accidents de la vie. Au moins, si un jour elle reste coincée dans un ascenseur, demeure célibataire ou se perd dans la rue, elle pourra se dire qu'elle a déjà vécu cette situation en rêve.
Alors, est-ce que les contes de fées préparent le quotidien des enfants? Est-ce que le doudou "en forme de licorne peluche" est un rempart contre l'imprévu?
Finalement, la narratrice a tout compris. Insidieusement, elle entretient son royaume des rêves bien particuliers. Elle le bichonne en cachant la peluche, ou en arrachant "les pages du livre de fées à paillettes". Ainsi, elle laisse le champ libre au retour de ses monstres préférés  et inquiétants, aux bruits bizarres et aux situations incongrues.  A partir du moment où elle les assume et s'endort avec le sourire, quoi de plus rassurant?
L'album présente une petite héroïne aux antipodes de celles qu'on rencontre habituellement. En prenant le problème à l'envers, elle dédramatise la situation et retourne l'expérience à son avantage. Comme le montre la couverture, ce sont les monstres qui semblent désemparés face à tant de tranquillité!

Côté illustrations, le personnage principal est toujours représenté avec le sourire ou soucieuse de trouver une solution, sauf lorsqu'elle se retrouve entourée de princes et de princesse, car là, la moutarde lui monte au nez.
L'illustratrice a fait le choix de couleurs chaudes qui font la part belle à l'imagination débordante pour représenter des monstres de toutes sortes. Ainsi, le monde des cauchemars s'avèrent plus accueillant que celui des contes.

J'aime mes cauchemars est un album drôle et décalé qui peut se comprendre aisément avec les illustrations seules. Le texte permet de "désacraliser" les mauvais rêves en les rendant moins effrayants qu'ils n'y paraissent.

Une très belle découverte à partir de 3 ans.