Les anges aquatiques, Mons Kallentoft

Ed. Seuil, traduit du suédois par Frédéric Fourreau, mai 2014, 485 pages, 22.5 euros

Malin replonge... 

 

Les amours de Malin Fors avec Peter le beau chirurgien sont au plus bas. Blessée au ventre, Malin sait qu'elle ne peut plus avoir d'enfant, mais s'est persuadée, notamment en le faisant croire à son conjoint, que le médecin n'était pas complètement pessimiste. N'empêche, Peter enchaîne les gardes pour ne plus se retrouver en tête à tête avec Malin qui rêve de plus en plus à un verre de téquila. A cela s'ajoutent les problèmes avec sa fille qu'elle ne reconnaît plus depuis qu'elle a intégrée en tant que boursière une école privée et huppée. Depuis, Torjn semble renier ses origines et avoir honte de sa mère...
C'est au milieu de ce marasme affectif qu'une nouvelle enquête se présente. Un couple bien sous tout rapport est retrouvé assassiné dans leur jacuzzi. Leur petite fille, Ella, adoptée au Vietnam, a disparu.
"Dans le jacuzzi, des corps nus s'effondrent sous les balles.
Une fillette hurle dans la nuit.
Seuls les morts peuvent l'entendre.
Mais ils ne peuvent pas lui venir en aide.
Le sang jaillit des plaies et l'eau du bassin rougit.
Plus de respiration."
Cette affaire résonne de manière bien particulière dans le coeur de Malin. En effet, l'adoption est un des sujets de discorde entre Peter et elle. De plus, la médecin légiste du commissariat de Linköping, Karin, a trouvé son équilibre en devenant la maman d'une petite Tess, venue elle aussi d'Asie.
Borje, Johan, Waldemar, Zeke et leur chef Sven cherchent la gamine et le tueur. Leur enquête les mène vers les filières illégales d'adoption gérées par des gens sans foi ni loi considérant que les enfants sont une marchandise comme une autre.
Trop de pression, Peter qui s'échappe, une fille au bord de la rupture, une affaire émotionnellement intense, s'en est  trop pour Malin: elle replonge dans les vapeurs embrumées de l'alcool.
"C'est mon boulot qui me tue, pense Malin. En même temps, c'est à peu près la seule raison de vivre qu'il me reste."

Mons Kallentoft dresse le portrait d'une héroïne particulièrement fragile. Forte en surface à cause de son métier et de l'image qu'elle veut renvoyer à ses collègues, Malin tente désespérément en secret de soigner ses plaies intimes, en vain. A trop penser, elle ne sait plus où elle en est, mais surtout en vient à se détester. Alors, l'alcool lui permettra un instant d'oublier qui elle est et ce qui lui arrive.
Côté polar, pour cette sixième enquête, l'auteur ne recule devant rien en construisant son intrigue autour de l'exploitation de l'enfance dans ce qu'elle a de plus glauque. Ainsi, le lecteur devine entre les lignes ce qui se trame sans toutefois être préparé aux dernières pages. Mons Kallentoft réussit à se renouveler en proposant un thriller impeccable dont les personnages récurrents révèlent de plus en plus de fêlures.
Alors oui, l'auteur continue à faire parler les victimes, alors oui, on retrouve Linkoping, antichambre des Enfers, mais quel plaisir de lecture!