Joyland, Stephen King

Ed. Albin Michel, mai 2014, traduit de l'anglais (USA) par Océane Bies et Nadine Gassie, 350 pages, 21.9 euros

Nostalgie quand tu nous tiens.


Parfois, il arrive que Stephen King se pose, ne mette pas son imagination débordante au service de l'horreur ou du fantastique.
Parfois, il arrive que la prose de Stephen King soit envahie par la nostalgie du temps passé et de la jeunesse.
Parfois, il écrit des romans comme Joyland, pause littéraire dans une oeuvre monumentale.

Nous sommes dans les années 70, non pas dans le Maine si cher à l'auteur mais en Caroline du Sud, dans une petite ville où l'unique attraction s'avère être un parc d'attraction (justement!) en bord de plage: Joyland. En été, les touristes s'y réfugient en quête de sensations fortes, de mal bouffe, et de photos souvenirs de piètre qualité. En hiver, le parc referme ses portes pour la maintenance.
Sauf que Joyland a été, jadis, le lieu d'un meurtre: une jeune fille, Linda Gray, a été tuée à l'intérieur de la Maison de l'horreur. L'homme qui l'accompagnait est le principal suspect, mais on ne l'a jamais appréhendé. Depuis, le manège fait peur, et une légende urbaine circule...

C'est à Joyland que Devin a posé sa candidature pour un job d'été. Orphelin de mère, amoureux transi de Wendy qui ne semble pas partager les mêmes sentiments, il se dit que ce travail sera pour lui un bon moyen non seulement de se remettre à flot, mais aussi d'apprécier le charme de la distance.
Mascotte du parc, Devin prend vite des habitudes et noue des amitiés qui se confirmeront avec le temps. Lui aussi est au courant de l'affaire Linda Gray, et avec une amie, il décide de trouver la vérité...

Cette quête est somme toute assez secondaire. Joyland ets davantage un roman sur la fin de l'adolescence et le passage à l'âge adulte. Le premier amour laisse des traces, de la tristesse aussi, et Stephen King s'attarde aussi sur les événements marquants de la jeunesse qui forgent votre personnalité future.
"S'agissant du passé, on écrit tous de la fiction", écrit-il. C'est un Devin adulte qui raconte son histoire, sa jeunesse, ses tourments et ses émois amoureux, "des pensées plus juvéniles que sérieuses, juste les fantasmes d'un jeune homme à l'imagination hyperactive et au cœur meurtri."

Dans ce roman, vous ne trouverez ni sang, ni monstre, mais une progression lente de l'intrigue, des personnages attachants et un épilogue larmoyant. Mais c'est aussi l'intrusion dans un monde à part, celui des forains, avec leurs codes, leurs habitudes, et leur langage, "la parlure" véritable langue pour les initiés.

Alors, les fans de l'auteur n'y trouveront peut-être pas leur dose de sensation forte, mais pourront puiser dans cet ouvrage pour argumenter l'idée selon laquelle Stephen King est capable d'écrire aussi autre chose, tout en restant attachant.



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