Dernier refrain à Ispahan, Naïri Nahapétian

Ed. Point Seuil, collection policier, mai 2014, 221 pages, 6.3 euros


Roxana s'en est allée...


Il ne fait pas bon vivre en Iran lorsqu'on est une chanteuse renommée. Roxana, chanteuse populaire qui s'était exilée un temps aux Etats-Unis pour fuir le régime, a été retrouvée morte dans un théâtre désaffecté. Ce décès affecte particulièrement Mona, son amie de jeunesse, car Roxana incarnait pour elle la liberté, la volonté sourde de faire entendre encore et encore sa voix malgré l'interdiction:
"Elle incarnait le diable en personne aux yeux des Khomeynistes."
Aux pieds de son corps, un bouquets de fleurs artificielles, comme les paroles d'une de ses plus célèbres chansons:
"Dans un royaume où les ignorants sont rois, un homme a volé la voix des femmes. Il a emporté leur chant, semé des tulipes sur leur chemin, et la joie s'en est allé."
Or, Roxana n'est pas la première sur la liste, si bien que l'inspecteur chargé de l'enquête, Velayi, craint un tueur en série. Alors, malgré les interdits, il s'associe avec un journaliste français d'origine iranienne, Tarek, afin de trouver l'assassin le plus rapidement possible, avant que l'affaire ne perturbe l'ordre établi.
L'Iran semble être un pays aux multiples facettes. Il y a celle qu'on voit dans les médias: un régime dur, aux multiples fatwas, dans lequel la femme n'a pas de place. Il y a celle aussi des quartiers underground qui ressemblent à s'y méprendre à ceux des pays occidentaux: prostitution, drogue, marginalité. Enfin, il y a celle qui ne tient pas compte des lois et tente de s'occidentaliser avec des importations de produits, des magasins à la gloire de l'Occident.
A travers Mona, sa fille, et Darya, la fille de la défunte Roxana, le lecteur découvre trois façons d'être une femme en Iran. Dans un pays où le chant des femmes est considéré comme impudique et dangereux pour les oreilles des hommes, dur dur d'être du sexe féminin.
Naïri Nahapétian offre un polar à la trame classique dont l'originalité tient du lieu où les faits se déroulent. Pour le lecteur occidental, ce roman est une mine d'informations sur une société finalement mal connue et pétrie de clichés que les médias veulent bien nous faire voir. La réalité interne est beaucoup plus complexe, et les attentes des habitants très fortes.
Dernier refrain à Ispahan donne de la voix à ceux qu'on n'écoute jamais et offre une intrigue impeccable.