Autobiographie d'un fantôme et Les cheveux de la poupée, Eva Almassy

Ed. L'Ecole des Loisirs, collection Médium,  octobre 2007, 107 pages, 8.7 euros

Jeux de mains, jeux d'écrivain!


Madeleine Delande, écrivain de son état, se rend compte que, depuis qu'elle met des gants pour écrire, l'inspiration arrive vite. Alors, elle les collectionne et en revêt ses mains selon ses humeurs ou ses rencontres. Ainsi, ses histoires se multiplient et surtout adoptent plusieurs genres et plusieurs styles. Chaque gant acheté a une histoire et Madeleine devient la réceptrice de celle-ci. L'écrivain transmet alors la vie des autres...
Hommage à Pérec avec La lettre de René, ou récit à la lisière du fantastique avec Les trois eaux sauvages, Eva Almassy passe d'une histoire à l'autre avec beaucoup de facilité en enchaînant plusieurs styles. Les gants sont les fils conducteurs, et deviennent un tremplin à l'imagination.
Dès lors, les textes sont à l'image des gants qui les inspirent: délicat comme la dentelle d'Irlande, sensuel comme le rouge écarlate, ou évanescente comme les marques d'usure. En tout cas, à travers cette lecture, le lecteur sent que l'auteur y a pris du plaisir et a développé avec soin une idée tout à fait originale.






Ed. L'Ecole des Loisirs, septembre 2009, 60 pages, 7.7 euros

"Les poupées sont les enfants des enfants."


Couverture du livre Les cheveux de la poupée
Au début tout va bien: l'oncle de Charlotte, grand collectionneur de poupée, lui propose d'en choisir une pour son anniversaire. La petite fille jette son dévolu sur une poupée de type Frida dont la particularité comme de nombreuses poupées de l'époque, est d'avoir des cheveux naturels. Simplement, il suffit d'une amie un peu plus mûre que les autres et un passé familial sous silence pour que Charlotte rejette cette poupée à qui elle avait fait don de sa personne.
Ce court roman pose le questionnement du non-dit, de la douleur rentrée après les événements de la seconde guerre mondiale, "comme si la vie était une question de chance et non quelque chose qui va de soi pour tout le monde".
Même si Charlotte devinait vaguement que "derrière cette guerre, il s'est déroulé des choses si inhumaines qu'elles étaient infiniment plus atroces que la guerre elle-même", elle n'avait pas encore compris "intimement" les événements. Ainsi, la poupée, aux yeux riboulant(s) et à l'air vaguement triste devient le symbole d'une atrocité.
A cela s'ajoute des dialogues entre Charlotte et sa poupée qui ajoutent un caractère dramatique à la situation. "Dans le doute, abstiens-toi" dit l'adage; ainsi la petite fille se refuse à aimer cette possible incarnation du malheur. Mais ce jouet est-il vraiment responsable? Charlotte résistera-t-elle?Un très joli texte pour faire prendre conscience aux plus jeunes des turpitudes de l'Histoire, dont le ton doux et parfois drôle tente d'atténuer la douleur de toute une famille.

Romans à partir de 12 ans.

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