RUE DES ALBUMS (49) A la rencontre d'Emile, personnage de Vincent Cuvellier et Ronan Badel

Ed. Gallimard Jeunesse, collection Giboulées, mars 2014, 28 pages, 6 euros chaque album

Emile fait un cauchemar / Emile et les autres



http://ecx.images-amazon.com/images/I/61UlsYRgIbL._SX385_.jpgEmile a un prénom à la mode, un visage en forme de ballon de rugby allongé, les cheveux en bataille. Emile pourrait être un petit garçon comme les autres, souriant, social, toujours à vouloir s'amuser, comme ceux de son âge.... Sauf qu'Emile est tout le contraire!
En effet, il n'aime pas avoir de copains, préfère s'amuser seul. Il n'accepte pas la faiblesse, non plus.
"Emile ne se laisse pas manger. Même par les loups."
Lorsqu'il fait un cauchemar, il préfère le tourner à son avantage plutôt que d'admettre qu'il a réellement eu peur. Et puis, mieux vaut un cauchemar avec un loup qu'une histoire à dormir debout avec des lapins roses!
"Emile ne fait pas de cauchemars de loup! Ce sont les loups qui font des cauchemars d'Emile."
Emile aspire à la solitude. A quoi bon se mêler aux autres quand on en a bien envie. Certes, il obéit aux injonctions de sa mère (qui n'est jamais représentée), mais il a toujours la réplique qui tue, comme si dans sa tête, il était déjà un pré-ado en opposition. D'ailleurs, il a une si haute idée de lui-même qu'il parle de lui à la troisième personne.
Jouer est un mot qui l'horripile; il préfère s'inventer des histoires de chevalier, c'est bien plus commode que de se mêler aux jeux de ses camarades, au parc.
"Mais il prévient: il ne jouera pas. Il restera assis sur un banc et il regardera les autres jouer. Un point c'est tout."
La seule fois où il sourit, c'est quand il rencontre une vieille dame, à l'air aussi renfrogné que lui, qui veut le chasser du banc où ils sont assis tous les deux, c'est dire!
En lisant ces deux histoires, on sent que la carapace du petit Emile est très solide. Constamment en décalage, il a choisi de montrer qu'il est grand en montrant du désintérêt pour les activités de son âge. Cependant, sa maman ne l'écoute pas outre mesure...
Ronan Badel a donné corps à un personnage pas facile à représenter et c'est réussi. On voit d'emblée que le petit protagoniste est  "hors du commun", aux antipodes des enfants de son âge.
Et pourtant, Emile, malgré sa mauvais tête, est un gamin attachant. On prend plaisir à suivre ses réflexions et ses "non-aventures" du quotidien. Les illustrations sur fond blanc accompagnent au mieux le récit et font d'Emile le centre d'attention car il est présent sur chaque page.
Les phrases de Vincent Cuvellier sont simples, facilement lisibles pour un tout jeune lecteur, mais ce dernier aura besoin d'un adulte pour comprendre le sens implicite de chaque album. Car l'objectif, en jouant la carte de l'opposition, c'est de mettre en évidence le fait que parler de ses peurs c'est bien, et que jouer avec les copains, c'est encore mieux!

Finalement Emile est un anti Petit Nicolas.

A partir de 7 ans.


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