Pas son genre, Philippe Vilain

Ed. J'ai Lu, avril 2014, 155 pages, 6 euros

Tel est pris qui croyait prendre!


François, agrégé de philosophie, considère l'irrésolution en amour comme une zone de confort lui préservant à la fois sa liberté et son bonheur d'une part, et l'impossibilité de subir "un basculement irréversible vers la réclusion" d'autre part.
Parisien dans l'âme et de cœur, il se voit nommé dans un lycée d'Arras où, à son humble avis, "la lenteur prime". Au delà des clichés persistants sur cette région (que voulez vous, Le pas de Calais, (mon chez moi) est devenu un département mythique depuis un certain film...) François y ressent "la nostalgie des déracinés", mais y trouve un équilibre de vie.
Ayant besoin de compagnie féminine, "d'une distraction de l'esprit" comme il le dit si bien, il jette son dévolu sur Jennifer, coiffeuse de son état, de nature réservée, mais d'une apparence exubérante. Ainsi, une drôle de liaison se noue entre ces deux êtres que tout sépare. Lorsqu'il est près d'elle, François éprouve du mépris pour celle qui n'a pas fait d'études et ne fait pas partie de son milieu:
"je ne partageais rien avec elle, et je m'ennuyais en sa compagnie. Bien souvent je n'avais rien à lui dire. La philosophie nourrissait mon existence quand les magazines people dévoraient la sienne". Pourtant, il suffit que Jennifer s'éloigne quelques jours ou semble indifférente pour qu'il ressente le besoin d'être aux côtés de son "Eva Longoria Berckoise".
Couverture du livre Pas son genrePetit à petit, il se demande si finalement les sentiments qu'il ressent pour elle ne sont pas de l'amour, et si la vie qu'il s'est choisie jusque là est bien la bonne.
Très bien écrit, Philippe Vilain raconte à la première personne les émois amoureux d'un homme très sûr de lui au début, irrésolu en amour et fier de l'être, mais qui devient complètement déboussolé à la fin. L'auteur a eu l'intelligence de créer une Jennifer assez pragmatique, sympathique, et non pas alourdie par le poids des clichés dus à sa profession.
Au fur et à mesure du récit, le lecteur vient à se demander qui est finalement le plus intelligent des deux, et surtout se rend compte que, en filigrane, Philippe Vilain fustige le racisme de classe, le conformisme de ceux qui, sous prétexte qu'ils ont fait des études brillantes, se permettent d'ignorer superbement les autres ou de les juger.
En conclusion, ce roman est un conte moderne dont la fin laisse à réfléchir, et fait du narrateur un personnage digne d'une fable de La Fontaine.
 Un vrai divertissement.

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