Le diable, tout le temps, Donald Ray Pollock

Ed.Le livre de de Poche, traduit de l'anglais (USA) par Christophe Mercier,janvier 2014, 408 pages, 7.1 euros

"Orphelins et fantômes"



Tout commence et tout finit en Ohio, à Meade plus exactement, sur les Mitchell Flats, là où jadis, un homme, mari et père, a renié son dieu car il n'a pas pu sauver son épouse de la maladie.
Pourtant, Willard avait tout fait pour que Charlotte guérisse. Il avait même embarqué avec lui son jeune fils Arvin, dans un tourbillon de religion et de folie, en créant un petit sanctuaire dans le bois, lieu de prière et de de mort aussi, car surveillé par des dépouilles sanguinolentes d'animaux en tout genre.
Dans ce contexte, le jeune Arvin y a perdu non seulement ses parents, mais aussi sa foi, persuadé maintenant que tout ne peut se régler que par la violence si les événements dégénèrent. Envoyé chez sa tante Emma Laferty, il va croiser le chemin de sa cousine Lenora, dont le père Roy, prédicateur de grands chemins, a fui depuis des années avec son grand ami Théodore, après avoir tué son épouse.
Les fantômes des âmes sacrifiées ne sont jamais bien loin, mais n'influencent pas les comportement de ceux qui restent et tentent de trouver un peu d'amour auprès de leurs semblables. Seul Earskell, le vieil oncle vivant chez Emma, incarne la figure stable, calme, témoin au fil des années de la violence des hommes.
Il y a du Suttree de Cormac Mc Carthy dans les personnages de Donald Ray Pollock, dans cette habitude résignée de côtoyer la misère, la souffrance, tout en essayant de rester digne. De ce fait, Dieu existe-t-il vraiment s'il fait souffrir autant ceux qui l'adorent? Emma, avec les années, en doute, et l'arrivée du nouveau pasteur amateur de jeunes filles, confirmera hélas ses interrogations. L'Homme n'est pas un homme de bien, il est un pêcheur qui penche dès qu'il le peut du côté du ruisseau.
Seul Arvin Russell, fort de son expérience passée, tente de rester sur le droit chemin. La religion l'importe peu car il sait depuis longtemps qu'IL est incapable de sauver les innocents telle sa mère. Depuis, il tente de vivre en comprenant le geste désespéré de son père Willard. Sur le chemin du retour vers les lieux de son enfance, il va croiser le couple Carl-Sandy, "tueurs-nés" d'auto-stoppeurs dont Carl conserve les clichés, comme autant de preuves que les derniers souffles de la vie sont paisibles malgré la peur et la souffrance.

Le diable, tout le temps est un roman coup de poing. Construit en sept parties, il forme une boucle dans laquelle se débattent des personnages ayant tous un lien entre eux finalement. Même le Shérif, autrefois bon et généreux, n'a pas su résister à la corruption. Pollock décrit un monde où la perfection humaine n'existe pas, mais surtout, dans lequel ceux qui y vivent sont parfaitement conscients de leur perversité et ne tentent pas d'y mettre un terme. En cela, le couple antithétique Carl-Sandy est fascinant. Il met la violence et le meurtre en paroxysme en l'assimilant à des vacances pour lesquelles ils économisent toute l'année afin de profiter au mieux de leur road movie sanglant.
Pas de fulgurances littéraires, pas de pages à corner, mais un récit haletant, prenant,  qui vous accroche jusqu'à la dernière page et vous interpelle.