La tache, Philip Roth

Ed. Folio Gallimard, traduit de l'anglais (USA) par Josée Kamoun, mai 2004, 496 pages, 8.9 euros 

 Utopie américaine


Nathan Zuckerman (alter ego de l'auteur) est ami avec le doyen de la faculté d'Athéna, un certain Coleman Silk. Ce dernier lui demande d'écrire un livre sur lui, et plus précisément sur les conditions de son éviction du campus après une obscure affaire de racisme due à un mot prononcé devant les étudiants. Nathan s'attache à cette personnalité forte dont "la rage avait réquisitionné tout son être", blessé à mort par ce qu'il considère comme une injustice flagrante. Car, outre le fait que Zuckerman soit considérée comme raciste, il subit aussi une lapidation publique de par sa relation suivie avec Faunia, simple femme de ménage illettrée.
Son plus grand adversaire est une femme qu'il a pourtant lui même embauché, Delphine Roux, une prof de littérature en mal de reconnaissance, "une hystérique à la petite semaine" en constant conflit avec son éducation bourgeoise et ses désirs.
Cependant, ce qui fait la profondeur de ce grand roman, c'est la "tache" profonde de Coleman, son secret que même sa femme et ses enfants ne connaissent pas. Pour cela, il a rompu avec sa famille, sa mère qui lui dira lors de la séparation: "tu penses en prisonnier. Tu es blanc comme neige, et tu penses en esclave".
Pour réussir, il a renié ses origines. C'est en sorte un révolutionnaire à sa manière car il s'est autorisé "à dénoncer, une fois arrivé à sa majorité, le contrat établi à sa naissance." Tout le paradoxe du roman vient de là: on accuse un homme de racisme alors que lui-même a su cacher ses origines!
A cela vous ajoutez le feuilleton du "Monicagate" (nous sommes en 1998), et Philip Roth analyse avec brio la société américaine qui, sous couvert de liberté et d'égalité des chances, masque ses injustices les plus flagrantes et ne réussit pas à s'occuper de ceux qui lui ont rendu service. Les personnages en présence, Delphine, Lers, Coleman, Faunia, ne sont que les symboles du mythe américain trompeur et les victimes collatérales de la Grande Hypocrisie. A mon avis, le meilleur roman de Philip Roth avec Un Homme, tout en finesse de récit et d'analyse.

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